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Piège de cristal


Piège de cristal Année : 1988

Titre original : Die Hard

Réalisateur : John McTiernan

New York, au siège de la multinationale dirigée par M. Nakatomi. C'est Noël, et ce dirigeant, soucieux de récompenser ses employés comme il se doit, semble avoir décidé de célébrer dignement les profits engendrés cette année par son entreprise. En guise de cadeau, Hans Gruber et ses compagnons d'infortune, eux, choisissent de s'inviter à grands coups de balles dans la tête au sein de l'immense tour de M. Nakatomi, qui en sera pour ses frais, afin de s'accaparer toute sa fortune - coûte que coûte. A les voir agir, on s'aperçoit très vite que ces scélérats avaient tout prévu, tout planifié, tout préparé longtemps à l'avance - tout, sauf l'officier de police John McClane, venu pour l'occasion voir sa femme, Holly, prise en otage elle aussi par les braqueurs. Pieds nus, John McClane, chevalier des temps modernes prêt à tout pour sauver sa princesse des griffes de ces mécréants, bravera tous les dangers et subira maints sévices afin de débarrasser le monde de ces crapules cupides et de les faire payer pour leurs méfaits.

Fort du succès de son Predator, sorti un an plus tôt dans les salles, John McTiernan se lance à nouveau le défi de réaliser, avec Piège de cristal, un film d'action hors norme, choisissant pour l'occasion de remplacer Arnold Schwarzenegger par Bruce Willis afin de faire de son héros un Américain moyen, musclé, mignon mais marié, pris au piège d'une tour infernale assiégée par un groupe de braqueurs peu soucieux des règles de bienséance. Le cinéphile averti remarquera sans mal ici que le réalisateur inverse ainsi le mécanisme sous-jacent de Predator, puisque les soldats plus ou moins bienveillants de ce dernier deviennent ici les méchants, tandis que le prédateur se retrouve dans le rôle du bon John McClane, seul contre tous - ce n'est d'ailleurs probablement pas un hasard s'il arrive au début du film par avion, substitut presque évident de la capsule spatiale du Predator. Nous allons voir, au cours des lignes qui suivent, que John McTiernan ne se contente pas de faire une sorte de remake de sa précédente production, qui se propose de poursuivre plus avant son exploration du genre dans lequel il excelle et du médium cinématographique en général et de définir, ou du moins de continuer de définir au passage les règles du cinéma d'action tel que nous le connûmes au cours des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, tout en parvenant à faire de son film une oeuvre originale et personnelle, aussi surprenant que cela puisse paraître.

Passant de la jungle tropicale à la jungle urbaine, John McTiernan tanspose les règles de son précédent film dans un nouvel environnement pour y intégrer de nouveaux éléments. Résultat, nous retrouvons des affrontements musclés dont le but n'est pas uniquement d'impressionner le spectateur par des effets visuels saisissants ou des cascades impressionnantes, mais bien de faire progresser l'histoire à mesure qu'évolue le héros dans ce décor d'épouvante, tandis que le choix du huis clos permet de faire monter lentement, mais sûrement, la tension tout au long du film. A l'instar d'Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis, en situation d'infériorité numérique plutôt que physique, devra rivaliser d'ingéniosité pour venir à bout de ses coriaces ennemis, ce qui ne l'empêchera pas pour autant de ponctuer ses actions héroïques de pointes d'humour fort bienvenues, depuis devenues caractéristiques du genre, comme le fera remarquer quelques années plus tard le personnage principal de Last Action Hero (1993), du même John McTiernan, qui n'avait alors pas peur d'aller jusqu'à s'auto-parodier abondamment. Nous retrouvons également le goût prononcé du réalisateur pour les personnages hauts en couleurs et caricaturaux au possible - Hans Gruber en tête, avec son accent venu d'outre-Rhin -, dont la présence vient rompre radicalement avec le réalisme relatif de l'ensemble, originalité de cette nouvelle réalisation qui nous mène directement au second aspect de notre réflexion.

Tout ça, c'est du cinéma, nous dit implicitement John McTiernan. En effet, ce n'est pas un hasard si le charisme caricatural des différents protagonistes rappelle étrangement celui des personnages de cartoons : il y a, d'un côté, les bons et, de l'autre, les méchants, et ce manichéisme aboutira dans la chute - littéralement - de Hans Gruber, qui ira s'écraser au sol après une rapide et métaphorique descente aux enfers (il tombe du haut de la tour). C'est gros, comme on dit. C'est même énorme. A tel point que John McClane lui-même rit de la situation, s'en amuse, enchaîne les calembours et se gausse des gaffes commises par les ravisseurs de sa ravissante femme. Pis encore, il va nus pieds, se blesse à de multiples reprises, s'écorche, marche sur des bris de verre, sans jamais perdre la forme, sans jamais s'essouffler ; comme invincible, il franchit tous les obstacles et brave tous les dangers, seul contre tous, comme s'il ne s'agissait finalement là que d'un jeu d'enfants, dans tous les sens de l'expression. Par là, le réalisateur nous rappelle qu'il ne s'agit après tout que d'une fiction : les cascades, les coups de feu, le sang, les combats et les dialogues, tout cela tient de l'artifice et ne doit pas être pris pour argent comptant - car il ne s'agit après tout jamais que d'un spectacle grand public, un public venu pour du grand spectacle avec des attentes précises et bien conscient de n'être là que pour se laisser volontairement prendre au jeu.

Or, tout jeu suppose des règles. Un mécanisme. Et ce mécanisme, John McTiernan s'amuse à le mettre en abîme en le mettant en scène : ses méchants ont en effet parfaitement orchestré, voire chorégraphié leur casse, à la manière dont le réalisateur calcule à la seconde près, par le biais d'un montage efficace, la façon dont les plans, les scènes et les séquences doivent s'enchaîner pour entraîner chez le spectateur la réaction désirée - frisson, frayeur ou fou rire, tout est possible du moment qu'on s'en donne les moyens. Il faut cependant rappeler que cette précision mathématique du montage - et donc du braquage - est placée du côté des mauvais. Qu'en est-il, donc, du citoyen moyen modèle McClane ? Eh bien, si l'on en juge par ses nom et prénom, ce dernier n'est pas sans lien avec le réalisateur : de John McTiernan à John McClane, il n'y a qu'un pas. Il faut donc peut-être voir l'officier de police comme une sorte d'équivalent fictif du metteur en scène qui, pris au piège des studios, tente malgré tout de faire un film personnel hanté par des thèmes et des obsessions qui lui sont propres, tout en répondant aux attentes du public et des producteurs. En somme, si l'élément perturbateur semble au premier abord être le gang de braqueurs, il se révèle en réalité n'être autre que le héros du film lui-même, venu saboté le plan d'origine pour faire les choses comme il l'entend, tout en nous rappelant par son humour qu'il ne faudrait pas non plus prendre tout cela trop au sérieux.

En conclusion, Piège de cristal, premier volet d'une quadrilogie devenue culte, en constitue probablement l'un des meilleurs épisodes - si ce n'est le meilleur -, tant par la qualité de sa réalisation (les cadrages, la musique, les bruitages, le jeu des acteurs, le montage, tout fonctionne à merveille) que par l'originalité avec laquelle John McTiernan s'approprie le genre dont il se fit l'un des maîtres incontestés. Un film à voir ou à revoir, donc, ne serait-ce que pour entendre à nouveau John McClane prononcer sa célèbre réplique : "Yippee-ki-yay, motherfucker !" ("Yippee-ki-yay" étant la façon dont les cow-boys étaient censés exprimer leur joie - fort à propos, donc, dans ce contexte. Quant à "motherfucker", l'auteur de ces lignes n'est pas certain qu'il soit nécessaire d'expliciter la chose...)

Note : 8.5/10


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