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L'Enfant du cauchemar


L'Enfant du cauchemar Année : 1989

Titre original : A Nightmare on Elm Street 5 : The Dream Child

Réalisateur : Stephen Hopkins

Alice, alias Lisa Wilcox, seule actrice du précédent épisode encore présente, est enceinte. C'est l'occasion rêvée pour Freddy de tenter une percée dans le monde réel en transférant au foetus ses super-pouvoirs. Malheureusement pour lui, sa propre mère, Amanda Krueger, lui met des bâtons dans les griffes en aidant Alice à le combattre au pays de l'éveil et des cauchemars, ce qui n'empêchera pas pour autant cette dernière de perdre ses amis dans d'indicibles circonstances, Freddy n'ayant pas dit ses derniers maux...

Après les trois suites engendrées en quelques années seulement par le chef-d'oeuvre de Wes Craven, j'ai nommé Les Griffes de la nuit, Freddy revient donc pour de (nouvelles) aventures avec un titre dont la traduction semble, à l'instar du cinéma d'horreur, obéir à des règles aussi implicites qu'arbitraires - le nom de Freddy doit apparaître une fois sur deux, et le titre doit obligatoirement comporter un ou plusieurs des mots suivants : "Freddy", "nuit", "griffes" et "cauchemar". En conséquence, ce nouvel opus s'intitule sobrement, dans notre beau pays, L'Enfant du cauchemar. Quant au film lui-même, imaginez un mélange improbable entre Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, Psychose (1960, Alfred Hitchcock), Rosemary's Baby (1968, Roman Polanski), Freud, l'escalier de Penrose, les oeuvres graphiques de Maurits Cornelis Escher, le clip ultra-kitsch de la chanson Take on Me du groupe norvégien a-ha, l'esthétique du MTV des années 1980 et l'atmosphère propre aux comics de cette même époque, et vous obtiendrez une idée générale de ce à quoi peut ressembler ce nouveau cauchemar.

Mais entrons tout de même plus avant dans le détail. Comme on peut aisément s'en douter, après une introduction fort bien filmée, au cours de laquelle on aura l'occasion de voir enfin de quelle sordide manière un enfant tel que Freddy fut conçu (le spectateur adepte de Shakespeare pourrait être ici tenté de citer quelques répliques célèbres de King Lear : "Kent : I can't conceive you. / Gloucester : Sir, this young fellow's mother could; whereupon she grew round-wombed, and had, indeed, a son for her cradle ere she had a husband for her bed.") - soit un viol collectif sur la personne d'une nonne au sein d'un hôpital psychiatrique, conformément au récit rapporté dans Le Cauchemar de Freddy - ; comme on pouvait s'en douter, disais-je, après cette belle entrée en matière (mater, serais-je ici tenté d'écrire), le film sombre dans les affres du n'importe quoi cinématographique : les acteurs sont tous plus mauvais les uns que les autres (mention spéciale à Joe Seely, qui interprète un jeune adepte de comic books dont le personnage se révèle rapidement insupportable tant sa voix est ridicule - en anglais tout du moins), les incohérences scénaristiques et logiques s'enchaînent (à titre d'exemple, lorsque Alice pleure son petit ami disparu, le médecin qui s'occupe d'elle en conclut qu'elle est enceinte), les effets visuels provoquent plus fréquemment l'hilarité que l'horreur, les dialogues sont insipides et servent la plupart du temps à en gagner (le facétieux Freddy se voyant, lui, contraint de répéter inlassablement son mot fétiche, "bitch", agrémenté de ses habituels calembours), tandis qu'un montage plus que moyen donne à cette production le rythme d'un mauvais téléfilm d'M6 - pléonasme, diront certains.

Fort heureusement, des plans bien trouvés, souvent mobiles et probablement inspirés de la série des Evil Dead de Sam Raimi, viennent sauver le spectateur, non plus cette fois de la nuit, mais de l'ennui le plus mortel. Il en va de même de certains décors, tout simplement magnifiques, et des scènes de meurtre, grotesques au possible, qui, parce qu'elles sont aussi désopilantes que farfelues, ne manquent pas de surprendre et de soutenir un intérêt par ailleurs rudement mis à l'épreuve : on se réjouit ainsi sans mal de voir le fan de comics passer de vie à trépas au coeur de sa propre bande dessinée, littéralement déchiré comme une feuille de papier par les effroyables griffes de Freddy, avant que de se vider de sa couleur pour devenir aussi livide qu'une page blanche. Hélas, ce sont bien là les seules qualités que l'on puisse trouver à cet Enfant du cauchemar, la sympathique Lisa Wilcox semblant elle-même bien peu motivée par son drôle de rôle. Quant à Robert Englund, il se demande très certainement tout au long du film si son personnage un jour enfin sortira de l'enfer des nanars. Réponse au prochain épisode, les producteurs n'ayant bien sûr pas pu s'empêcher d'en produire un autre...

En conclusion, dans la catégorie des enfantements monstrueux, l'auteur de ces lignes vous conseille plutôt de vous tourner du côté du poétique Alien, la résurrection, réalisé par Jean-Pierre Jeunet en 1997, et du parodique Fils de Chucky, réalisé en 2004 par Don Mancini, le joli nanar qu'est L'Enfant du cauchemar n'ayant, finalement, pas grand-chose pour lui, si ce n'est la nostalgie qu'une oeuvre résolument ancrée dans les années 1980 peut engendrer dans le coeur de certains spectateurs. A voir, par conséquent, comme document historique ou témoignage d'une époque révolue. Pas plus. A moins d'avoir, comme Freddy Krueger dans une scène qui ne restera certainement pas dans les annales, un peu bu. Que dis-je, beaucoup bu.

Note : 3/10 (pour l'effort consenti...)


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