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L'Homme qui rétrécit


L'Homme qui rétrécit Année : 1957

Titre original : The Incredible Shrinking Man

Réalisateur : Jack Arnold

Voici l'incroyable histoire de Scott Carey, l'homme qui rétrécit. Tout commence alors que Scott et sa femme se prélassent paisiblement sur leur bateau, naviguant sur des eaux calmes, dans un décor de carte postale, nageant dans le bonheur et l'amour le plus tendre et le plus complet qui soit. Soudain, alors que Louise, sa femme, vient de le quitter pour aller lui chercher une bière dans le bateau, Scott voit, entre ciel et mer, droit devant lui, un nuage de brume étrange, immense, effrayant, un nuage qui se rapproche à vive allure et qui bientôt noie la modeste embarcation pour quelques instants dans un brouillard aveugle. Le nuage passé, Louise rejoint Scott et remarque qu'il est désormais recouvert d'une substance inconnue, dont l'apparence n'est pas sans rappeler celle d'un ciel empli d'étoiles. Six mois plus tard, alors que notre petit couple a repris le cours normal d'une vie des plus normales dans une maison tout à fait normale, Scott fait remarquer à sa femme que ses vêtements ne lui vont plus - ou, plutôt, qu'il ne va plus à ses vêtements. C'est alors qu'une série de tests médicaux commence, qui mènera bientôt à la conclusion tant redoutée par Scott : il rétrécit à vue d'oeil. On cherche un remède. Rien à faire. Un temps, on croit avoir trouvé un moyen de mettre un terme au processus, sans pour autant pouvoir l'inverser. Scott se fait peu à peu à l'idée de rester nain toute sa vie, rencontre une femme de petite taille, Clarice, avec laquelle il se lie d'amitié, se remet à écrire ses mémoires, reprend courage et foi en l'avenir. Las ! son calvaire est loin d'être terminé. Lors d'un rendez-vous avec Clarice, il se rend compte que cette dernière est devenue plus grande que lui. Fou de rage, il rentre chez lui. On le retrouve bien plus tard dans sa maison - miniature. Sa femme s'occupe de lui comme elle peut, mais le pire reste à venir pour Scott : Butch, le chat, finira par s'introduire dans la maison (la grande) et l'attaquer dans sa maison (la petite), le contraignant à se replier, à fuir, pour enfin terminer dans un carton rempli de linge, au sous-sol. Là, notre homme miniature devra affronter moult difficultés - la faim, la soif, une tapette à souris, une inondation, une araignée pour lui devenue géante.

Adaptation du roman éponyme de Richard Matheson (auteur de l'excellent I Am Legend, dont s'inspira grandement George A. Romero pour sa Nuit des morts-vivants), qui en signe également le scénario, L'Homme qui rétrécit peut sembler, à première vue, n'être qu'une vulgaire série B comme tant d'autres. Il n'en est rien. Fonctionnant à la manière d'un conte fantastique, tout en prenant pour prétexte un propos typique des récits de science-fiction - le nuage du début serait un nuage radioactif -, le film de Jack Arnold propose une réflexion sur la nature humaine, la vie, la mort, l'univers, et le fait de façon tout aussi simple que magistrale, tant dans la forme que dans le fond.

Avec un sujet pareil, comme je le dis plus haut, Jack Arnold aurait pu se contenter d'impressionner les spectateurs de l'époque avec quelques effets spéciaux bon marché, deux ou trois scènes spectaculaires, et s'arrêter là, sans chercher plus avant. Heureusement pour nous, c'est loin d'être le cas. La diminution progressive de la taille de Scott impose peu à peu un changement de point de vue symbolique, matérialisé à l'image de façon simple, mais efficace : jeux de plongées et de contre-plongées, plans moyens et de demi-ensemble dans lesquels on voit notre homme au beau milieu de meubles et d'objets disproportionnés, mise en abyme de la maison dans la maison, confrontation avec de tout petits animaux devenus gigantesques. Le changement de perspective n'est, bien sûr, pas que visuel. En effet, devenu phénomène de foire, Scott finit par se rendre, justement, à une fête foraine, occasion de sa rencontre avec Clarice, acceptant de la sorte sa "monstruosité", remettant par la suite en question la notion de "norme" et allant jusqu'à dire qu'il a parfois l'impression que ce n'est pas lui qui a changé, qui est bizarre, mais le monde. Plus tard, lorsqu'il atteint la taille d'un lilliputien, Scott, esseulé, chassé par son propre chat, passe de prédateur à proie, se trouvant dès lors obligé de lutter pour sa survie, et le paroxysme est atteint lorsque notre héros tente de sortir par une petite grille dans le mur du sous-sol, à hauteur du jardin : la caméra nous le montre, de l'extérieur, comme s'il était enfermé dans une cage, tandis qu'un oiseau, libre, l'observe et s'envole. L'inversion des rôles est alors pleinement consommée.

Inversion des rôles, ou plutôt régression, car il y a bel et bien dans le film adéquation entre rétrécir et régresser. Scott, une fois piégé dans le sombre sous-sol, semble progressivement se métamorphoser en homme des cavernes, en témoignent sa recherche d'un abri de fortune, qu'il trouvera dans une boîte d'allumettes, sa redécouverte du feu par le truchement de ces mêmes allumettes, ses habits qu'il déchire et dont il se défait presque entièrement, son combat contre la "catastrophe naturelle" que constitue pour lui l'inondation, sa lutte acharnée contre son arachnéenne ennemie (tarantule tout droit héritée, semble-t-il, de Tarantula, autre film de Jack Arnold, réalisé en 1955). Ce retour aux sources, à une humanité primitive, à la condition de l'homme livré à lui-même ainsi qu'à une nature hostile, où chacun lutte pour sa survie (il admettra, avant que d'aller combattre l'araignée, que cette dernière n'a rien d'une ennemie, n'a rien de mauvais, mais ne fait que lutter, elle aussi, pour sa survie), permet à Scott de retrouver son instinct, ses réflexes et, plus encore, de parvenir à une réflexion nouvelle, à la toute fin du film : après avoir enfin franchi la grille, s'être affranchi de cette cage dont il était prisonnier, regardant le ciel et les étoiles, et se demandant s'il va continuer à rétrécir ainsi jusqu'à l'infini, Scott se rend compte, au cours d'une sorte d'épiphanie, qu'infiniment grand et infiniment petit se rejoignent, que tout dans l'univers a un sens, même lui, aussi petit soit-il, et qu'il n'y pas de "zéro" dans le monde créé par Dieu, le début et la fin du film se rejoignant alors dans ce plan de l'univers qui nous ramène à la séquence d'introduction, où l'on voit Scott recouvert, on le sait maintenant, de petites étoiles. Et c'est ainsi que l'apparente régression devient progression :

Carey : I was continuing to shrink, to become... what ? The infinitesimal ? What was I ? Still a human being ? Or was I the man of the future ? If there were other bursts of radiation, other clouds drifting across seas and continents, would other beings follow me into this vast new world ? So close - the infinitesimal and the infinite. But suddenly, I knew they were really the two ends of the same concept. The unbelievably small and the unbelievably vast eventually meet - like the closing of a gigantic circle. I looked up, as if somehow I would grasp the heavens. The universe, worlds beyond number, God's silver tapestry spread across the night. And in that moment, I knew the answer to the riddle of the infinite. I had thought in terms of man's own limited dimension. I had presumed upon nature. That existence begins and ends is man's conception, not nature's. And I felt my body dwindling, melting, becoming nothing. My fears melted away. And in their place came acceptance. All this vast majesty of creation, it had to mean something. And then I meant something, too. Yes, smaller than the smallest, I meant something, too. To God, there is no zero. I still exist.

Bien évidemment, plus que les magnifiques effets spéciaux (pour l'époque), plus que les scènes de combat épiques, plus que le changement de point de vue que nous propose Jack Arnold et plus que cette petite morale énoncée clairement à la fin du film par la voix off du protagoniste (une voix, semble-t-il, venue d'outre-tombe), ce sont la lutte du héros pour sa survie et, finalement, contre lui-même, contre ses propres peurs - matérialisées par l'araignée -, son courage face au danger, face à la mort, et sa prise de conscience progressive de ce qu'être un homme signifie, qui sont véritablement l'essence de ce grand classique du cinéma fantastique et de science-fiction qu'est L'Homme qui rétrécit, dont la courte durée, le rythme équilibré, le scénario bien pensé, la qualité des effets, de la musique et des images, ne font qu'accroître le plaisir que l'on peut avoir à le regarder, encore et encore, que l'on soit petit ou grand.

Note : 9/10


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