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Star Wars VII : Le Réveil de la Force


Star Wars VII : Le Réveil de la Force Année : 2015

Titre original : Star Wars VII : The Force Awakens

Réalisateur : J.J. Abrams

L'Empire, que l'on croyait vaincu, ne l'est pas. Dark Vador est mort, certes, et l'empereur Palpatine également, mais le mal, éternel, leur a survécu sous une forme nouvelle, le Premier Ordre. Il est grand temps, par conséquent, que la Force (du bien) se réveille et se plonge dans les ténèbres de la dictature et du conformisme pour y semer ses lumières (de la révolution) et vaincre, ou du moins combattre, son côté obscur. Une fois n'est pas coutume, c'est au plus bas de l'échelle sociale qu'on ira trouver l'élu - ou plutôt l'élue -, parmi les pauvres et les déshérités de la galaxie. Cette fois-ci, c'est en effet Rey, une jeune pilleuse d'épaves orpheline dont l'existence solitaire a vu le jour sur une planète désertique du nom de Jakku, qui va devoir reprendre le flambeau de la lutte, abandonné depuis trop longtemps par l'introuvable Luke Skywalker, dernier chevalier de l'ordre Jedi. La saga continue - ou plutôt recommence.

Autant le dire d'emblée, ce nouvel épisode de la saga créée par George Lucas en 1977, réalisé par le talentueux J.J. Abrams et produit par les studios Disney, est éminemment regardable : c'est visuellement très réussi, le montage ne pose aucun problème de rythme ou de continuité, la musique (de John Williams, une fois de plus) est épique, les acteurs s'en sortent plutôt bien dans l'ensemble (si l'on excepte Harrison Ford, qui donne l'impression de ne pas avoir envie d'être là), les effets spéciaux sont esthétiques, les plans sont souvent beaux et le scénario, bien qu'imparfait, simpliste et manichéen, n'empêche pas le spectateur de suspendre son incrédulité pendant les deux heures et quart que dure le film. L'auteur de ces lignes confesse ainsi sans mal qu'il a somme toute passé un bon moment. En revanche, il lui faut avouer aussi qu'il fut grandement dérangé par le propos de cette oeuvre en apparence uniquement commerciale (donc inoffensive, à première vue). Il semblerait en effet qu'on ait tenté par des images d'attenter à son intelligence et de modifier sa perception du monde afin de la soumettre à des impératifs aisément identifiables, ce que l'on ne saurait laisser passer sans en disserter au cours des lignes qui suivent et tenter d'en isoler les éléments constitutifs. Je vous propose par conséquent de faire le tour des quelques points qui m'ont quelque peu perturbé pendant ce film, dont je vous proposerai quelques éléments d'analyse plus neutres au passage.

Tout d'abord, Star Wars VII : Le Réveil de la Force n'est pas une suite. C'est, peu ou prou, un remake : L'Empire est, comme nous l'avons dit plus haut, remplacé par le Premier Ordre, Luke Skywalker par Rey (en référence au mot "ray" qui signifie "rayon" ?), Dark Vador par Kylo Ren (son petit-fils, fils de Leia et de Han Solo), Tatooine par Jakku, l'étoile noire par la base Starkiller (qui tue, comme son nom l'indique, les étoiles, sources de lumière), et ainsi de suite. Quant à l'histoire, elle est, à peu de choses près, la même : le Premier Ordre s'oppose à la République et les résistants (autrefois nommés les rebelles, aujourd'hui menés par Leia Organa) sont l'unique espoir qu'a la République de rétablir l'ordre dans la galaxie (son ordre à elle, qui est meilleur que celui du premier Ordre, puisqu'il y a d'un côté les gentils et de l'autre les méchants) ; pour vaincre l'ennemi, le retour du Jedi (ou plutôt de la Jedi) est cependant nécessaire, afin de faire contrepoids à la puissance du côté obscur, incarnée par Kylo Ren et son mentor, Snoke (dont le nom n'est autre, probablement, qu'un subtil mélange entre "snake" et "smoke"), le leader Suprême, qu'on ne voit pour l'instant que sous la forme d'un hologramme géant (je fais ici le pari que, dans les épisodes suivants, nous découvrirons que ce leader est en réalité beaucoup plus petit que ce que son hologramme pourrait laisser penser, à la manière d'un Napoléon - ou Nabot-léon). Pour finir, le remake fait malheureusement le jeu de la surenchère, à l'image de la base Starkiller, cent fois plus grosse que l'étoile noire d'antan : les retournements à la "je suis ton père" sont exploités à outrance et tout n'est plus désormais que tragédie familiale à grande échelle, au point que l'on se demande parfois si l'on n'est pas passé du space opera au soap opera... Que l'on n'aille cependant pas croire qu'Abrams et Disney ont pris délibérément le parti de l'auto-parodie, sacrifiant le risque au confort afin de servir aux fans ce qu'ils attendaient ou croyaient attendre, en se contentant de refaire l'original avec plus de moyens. Non, comme nous allons le voir, Star Wars VII : Le Réveil de la Force sert également, à l'instar d'un grand nombre de films américains, la propagande officielle du nouvel ordre mondial - oui, vous l'aurez compris, celui que tente d'imposer l'Empire de l'Oncle Sam depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

En effet, comme n'ont pas manqué de le relever nombre de commentateurs, le personnage principal du film est une femme, Rey. Une Jedi, qui plus est. Sous-entendu, l'oeuvre s'oriente du côté de ce que l'on appelle aux Etats-Unis les minorités. Car oui, pour les Américains, ou du moins pour les féministes américains, les femmes sont une minorité, au sens où ces dernières sont soumises au patriarcat plurimillénaire qui les aurait de tout temps et en tout pays réduites en esclavage (c'est d'ailleurs plus ou moins la situation initiale de Rey). Mais les femmes - nous en reparlerons plus tard - ne sont pas les seules minorités. Il y a bien entendu les noirs, aussi, du fait de leur nombre, de leur situation sociale et de leur histoire. Pour les représenter, Disney a choisi le personnage de Finn, second rôle qui répond à tous les stéréotypes racistes des années 1980 (le black sympa, marrant, bête mais courageux, qui fera tout pour permettre au héros d'accomplir sa mission), un ancien stormtrooper qui est pris de remords au cours de sa première intervention militaire et qui, ne supportant pas la vue du sang, décide de déserter. Il trouvera pour l'aider dans sa quête le pilote de X-wing Poe Dameron, un hispanique (encore une autre minorité) déterminé, dont l'unique but semble être de donner sa vie pour la cause. Très vite, une ambiance de franche camaraderie s'installe entre eux - ils ont, après tout, le même ennemi. Le très masculin et très blanc Premier Ordre. Car, oui, tous les maux viennent du mâle, dans Star Wars VII : Le Réveil de la Force : Han Solo est un père démissionnaire et c'est peut-être un peu de sa faute si Kylo Ren, son fils, est devenu le nouveau Dark Vador (encore un homme, dont le nom même signifie "sombre père" et dont le casque avait une forme de gland !) ; le leader suprême est un homme également, à n'en point douter ; quant à Finn, anciennement FN-2187 (FN ? Heureusement que le film est américain, sans quoi on aurait pu penser qu'il s'agit là d'un sinistre clin d'oeil), n'est-il pas lui-même un ancien soldat du nouvel Empire ? Et Luke, ce lâche, qui a fui sans laisser de traces ! Alors que les femmes, elles, sont vierges, si l'on peut dire : Leia dirige la résistance, Maz (une extraterrestre qui rappelle un peu Yoda) protège depuis des années le sabre de Luke afin de le transmettre au prochain Jedi et Rey s'apprête à sauver la galaxie. Mieux, cette dernière, dans la grande tradition des princesses Disney, n'aura pas à lever le petit doigt pour voir son destin s'accomplir. Qu'on l'observe seulement pour s'en convaincre quand elle montre à Han Solo comment mettre en route son Millenium Falcon alors qu'elle n'a (a priori) jamais conduit le moindre vaisseau de sa vie, ridiculisant au passage celui qu'elle affirme admirer et son nouvel ami, Finn, qui ne parvient qu'avec force difficultés à maîtriser le canon du coucou. Quant à la Force, eh bien, s'il a fallu à Luke trois épisodes pour la maîtriser un peu (et encore), il lui suffira, à elle, de froncer un peu les sourcils (et ce n'est qu'un début) comme Samantha fronçait le nez dans Ma sorcière bien-aimée (qui était, elle, soit dit en passant, littéralement une fée du logis...). C'est la magie Disney. Parce que les petites filles ne devraient pas avoir à faire quoi que ce soit pour que le monde tourne autour d'elle, alors que les hommes devront toujours travailler dur pour y arriver. On pourrait presque en faire une publicité : "La Force, parce que vous le valez bien". En tant qu'homme, j'aime autant vous dire que ce genre d'histoire me met plutôt mal à l'aise. On pourrait penser qu'il s'agit là simplement d'une stratégie commerciale - et ce n'est pas impossible - visant à toucher le plus de monde possible. Mais, dans ce cas, pourquoi l'homme, et plus particulièrement l'homme blanc, est-il montré de manière si négative (plus négative encore que les minorités représentées) ? Pourquoi est-il toujours fautif ? Dois-je me mettre à culpabiliser dès maintenant ? Faut-il que je cesse immédiatement d'écrire sous le prétexte que mon existence même oppresserait les femmes, les noirs et tout ce qui ne me ressemble pas ? Allons donc. Après tout, peut-être vois-je le mâle partout ?

Comme si cela ne suffisait pas, Star Wars VII : Le Réveil de la Force se propose de reprendre à son compte et à sa manière la rhétorique de l'Empire américain post-WTC pour soutenir l'effort de guerre. On l'a vu, la République est toute féminine, tandis que le Premier Ordre, cet ennemi qui renaît sans cesse de ses cendres, tel le Phénix, est intégralement masculin, si l'on excepte le capitaine Phasma (son nom renvoie-t-il au phasme, cet insecte en forme de brindille ? Ou bien mélange-t-il les mots "fantasme" et "phallus", ce qui, une fois de plus, soulignerait le manque de féminité du Premier Ordre ?). Ce que l'on n'a pas noté pour l'instant, cependant, c'est l'inquiétante étrangeté du nouveau conflit. Rappelons sa nature : la République finance les activités de la résistance afin de combattre le Premier Ordre. Peut-être est-il bon de le formuler autrement : les républiques occidentales (autrement dit les Américains et leurs alliés) financent des terroristes (c'est en effet le nom qu'on donne aux résistants quand ils sont du mauvais côté) pour combattre la dictature. Les héritiers des Lumières s'opposant à l'obscurantisme par le truchement de mercenaires acquis à leur cause. Toute ressemblance avec la politique des pays occidentaux au Moyen-Orient depuis déjà plusieurs décennies serait-elle le fruit du hasard ? Ou bien s'agit-il là, comme je le pressens, d'une volonté manifeste de nous faire accepter la présente situation au nom de l'éternel combat du bien contre le mal ? Mais ne vous inquiétez pas, nous sommes, si j'ai bien compris, du côté du bien. Ce côté-là, comme nous le montre le film, c'est celui de la diversité (ethnique, culturelle, sexuelle), tandis que le côté obscur paraît pour le moins assez uniforme avec, justement, tous ses uniformes. De ce point de vue-là, J.J. Abrams adopte un positionnement moral cohérent que peu contestent de nos jours : le bien, c'est l'acceptation d'un désordre relatif, de la différence et du changement ; le mal, c'est au contraire le rejet de l'autre et la volonté de tout contrôler (très humaine, pour le coup). Traduction : être pour l'internatonalisme, le multiculturalisme et l'immigration de masse, c'est bien ; être contre tout ce que l'on vient d'énumérer, c'est mal. Vous vous demandez certainement quel est le rapport, sur le plan politique, entre cette morale et nos interventions au Moyen-Orient. C'est assez simple, en réalité : à la fin de la seconde guerre mondiale, une fois le nazisme vaincu, le monde divisé en deux blocs et l'Europe de l'ouest envahie par les Américains, il était important pour ces derniers d'asseoir leur domination dans nos contrées tout en faisant barrage au communisme soviétique. Pour ce faire, la France et d'autres pays reçurent des aides abondantes (c'est le Plan Marshall) en échange de la possibilité pour les Etats-Unis de nous imposer leur marchandise culturelle et, par là même, leur vision du monde. Sans compter l'OTAN, d'importants accords économiques et la construction de l'Union Européenne. Pour nous soumettre à ces velléités étrangères venues d'une nation souveraine qui interdisait désormais tout souverainisme aux nations qu'elle avait conquises, il importait de désunir les peuples, de les mélanger, de leur ôter tout moyen de se défendre, de démonter et de remodeler leur façon de penser par le biais de l'individualisme et du consumérisme et de faire de leurs territoires un vaste marché sur lequel le nouvel empire pourrait s'engraisser tout en en faisant profiter ses nouvelles colonies. Comment empêcher toute résistance ? En faisant passer tout opposant pour un nazi (vous voyez le rapport, maintenant ?). Autrement dit, l'Amérique avait tout simplement pour ambition d'étendre son système économique au reste du monde en le renforçant par une base idéologique, avec laquelle on peut ou non être d'accord (ce n'est pas le sujet ici). D'une certaine manière, Star Wars VII : Le Réveil de la Force n'apporte rien d'original et ne fait que renforcer la propagande officielle tout en apportant quelques modifications et mises à jour indispensables (féminisme, anti-racisme), utiles tant à la formation des citoyens des colonies qu'à celle des habitants du pays conquérant. Ce Réveil tenterait-il de nous endormir ? Et si la République n'était, finalement, qu'un Premier Ordre de second ordre, au même titre que ce film est un épisode 4 de second ordre ?

Qu'on m'entende bien : je ne défends pas par l'analyse que je viens de faire de Star Wars VII : Le Réveil de la Force un ordre dans lequel les femmes, les noirs et toute autre personne de couleur seraient traités comme des êtres inférieurs, pas plus que je n'espère voir la France sombrer dans un régime dictatorial. Ce que je dis, c'est que je regrette l'aspect plus universaliste des premiers Star Wars, dans lesquels l'homme blanc n'était pas forcément un salaud, la femme devait comme l'homme travailler dur pour parvenir à ses fins (Leia, bien que Jedi potentielle, ne développe aucun pouvoir sans entraînement) et un noir n'était pas là parce qu'il était noir mais parce qu'il avait la classe (Lando Calrissian). En revanche, il y a quelque chose que j'apprécie grandement dans ce nouvel épisode et qui s'inscrit dans la continuité des précédents : comme je l'ai dit plus haut, l'homme n'est pas ici montré sous son meilleur jour. Mais il y a une raison à cela, que viendront certainement confirmer les prochains épisodes. Cette raison, c'est l'importance du père dans la famille - et l'impact irrémédiable de son absence. Quand commence Star Wars VII : Le Réveil de la Force, Rey n'a pas vu ses parents depuis des lustres, tout comme Finn, et Kylo Ren est séparé de son père depuis son passage du côté obscur de la Force, et peut-être même depuis plus longtemps encore. L'ombre de Dark Vador, ce sombre père disparu, plane encore sur ces personnages en quête de père. Rey voit en Han Solo le père qu'elle n'a pas eu. Ren voit en Snoke le sien. Finn lui, va peut-être devoir devenir ce père qu'il ne connaît pas. Le Premier Ordre ne serait ainsi qu'un symptôme : un monde sans père est un monde sans repère, et c'est certainement cette perte de tout repère qui pousse les uns et les autres à venir gonfler les lignes de ce nouvel Empire du Grand Père Snoke. Tous les pères disparus ou morts, plus ne reste qu'un espoir : Luke, dont le nom n'est pas sans évoquer l'idée de lumière ("lux"). C'est là d'ailleurs que l'oeuvre de J.J. Abrams trouve toute sa richesse, oscillant constamment entre ombre et lumière : les deux sont indissociables et les hommes, individuellement et collectivement, ont de tout temps cherché le point d'équilibre entre les deux. Las, incapables d'accepter la mort, ils sont trop souvent incapables d'accepter, tout comme Kylo Ren et son grand-père avant lui, la vie, cédant à leur part d'ombre quand ils pourraient si facilement embrasser la lumière. D'où cette scène magnifique où Kylo Ren, après avoir pris la décision de donner son sabre à son père à la lumière du soleil, décide finalement de le lui reprendre lorsque cette lumière disparaît, absorbée par la base Starkiller, et de le tuer. En conclusion, si ce nouvel opus n'est pas un chef-d'oeuvre, il n'en est pas pour autant dénué d'intérêt, bien qu'un tantinet trop orienté pour atteindre la qualité philosophique des premiers volets de George Lucas. Peut-être manque-t-il au fond ce personnage de vaurien qu'était alors Han Solo, dont le sort dans cet épisode est éloquent, ce vagabond qui n'avait que faire des guerres entre les uns et les autres et ne voulait qu'une chose, qu'on le laissât tranquille avec son ami Chewbacca. C'est probablement là ce qui le rendait si sympathique aux yeux des spectateurs (et je ne pense pas me tromper en affirmant que personne ne trouvera qui que ce soit vraiment sympathique dans Star Wars VII : Le Réveil de la Force). N'oublions pas, d'ailleurs, que, s'il s'était joint aux rebelles (dérive lexicale intéressante, soit dit en passant, que ce passage de "rebelle" à "résistant"), c'est par amour pour une femme et non par adhésion à un parti... Le seul vrai rebelle, c'était lui.

Note : 8/10

Lundi 28 décembre 2015. E.B.


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