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Le Crépuscule des morts-vivants


Le Crépuscule des morts-vivants Année : 1978

Titre original : Dawn of the Dead

Réalisateur : George A. Romero

Lendemain d'apocalypse. Le monde est envahi par des hordes de morts-vivants dont le nombre croît jour après jour de façon exponentielle. Roger, Francine, Peter et Stephen (toute référence au Grand détournement - la classe américaine est ici bien évidemment involontaire de ma part...), décident de fuir la ville en hélicoptère. Arrivés à un immense centre commercial, nos quatre protagonistes décident de se poser sur le toit et de s'y installer durablement (dans le centre, pas sur le toit...), moyennant la construction d'une cachette, à l'abri des zombies qui infestent le lieu, et l'extermination partielle de ces derniers (raison pour laquelle on a fait de ce film, à l'époque où il devait sortir dans les salles en France, une oeuvre fasciste, extrémiste, etc., ce qui mena à la censure pure et simple de la création de George Romero pendant cinq ans dans notre beau pays...). Leur tâche accomplie, nos amis vivent quelque temps dans la liesse la plus totale, ou presque, malgré la mort de Roger, mordu par l'une des créatures cadavériques qui hantent le parking. Malheureusement, leur bonheur (celui des héros, pas des cadavres) sera de courte durée, puisqu'une horde de motards patibulaires viendra mettre à sac ce havre de paix si chèrement acquis. De la bataille nocturne qui s'ensuit, il ne restera que deux survivants, Peter et Francine, qui fuient alors les lieux en hélicoptère vers une destination inconnue, au crépuscule.

Ce film fait partie des quelques oeuvres à propos desquelles je manque singulièrement d'objectivité, et pour cause : je l'ai regardé une bonne vingtaine de fois, voire plus, depuis que je l'ai vu pour la première fois, un soir d'Halloween (non, je ne fête pas Halloween, mais à l'époque, les publicitaires avaient réussi à importer temporairement "l'événement" en France pour vendre quelques babioles à des enfants lobotomisés à coups de bulletins de désinformation et de séries stupides, occasion pour les chaînes de télévision de nous ressortir quelques "vieux" films d'horreur de derrière les fagots - une chaîne du satellite eut alors le bon goût de faire un choix particulièrement ironique par cette belle nuit de fête marchande, j'ai nommé Le Crépuscule des morts-vivants...).

C'est donc sans une once de distance critique (enfin si, un peu quand même !) que je tiens à m'exclamer ici : ce film est un chef-d'oeuvre ! Certes, les effets ont très mal vieilli, et faisaient déjà sûrement mauvais effet (si je puis dire) à l'époque, puisque des problèmes de pellicule avaient donné au sang la couleur d'une gouache ignoble et à la peau des zombies une teinte bleutée pour le moins étrange. De plus, certains plans révèlent des défauts dans le maquillage - par exemple, on voit à un moment apparaître la vraie couleur de peau d'un figurant, au cours d'un plan assez long... Mais peu importe, ces quelques défauts visuels n'enlèvent rien au charme de l'ensemble ! Montage rythmé, musique vive et, serais-je tenté de dire, entraînante (du moins dans la version européenne, montée par Dario Argento, avec une bande originale composée par le groupe Goblin), plans la plupart du temps fixes et toujours parfaitement choisis (aucun plan inutile, cadrages toujours travaillés), scénario simple mais efficace, dialogues bien pensés, acteurs inconnus (à l'époque, tout du moins) mais irréprochables, tout concourt à faire de ce film une oeuvre parfaite en son genre.

Je ne reviendrai pas sur certaines analyses qu'on a pu faire du film, notamment celles qui consistent à en faire un pamphlet anti-consumériste, une oeuvre socialiste-marxiste, etc. Une chose est certaine en tout cas : si le film a bel et bien un aspect résolument politique, il n'en demeure pas moins que son message est loin d'être aussi simpliste et réducteur qu'on voudrait nous le faire croire (les zombies seraient ici des consommateurs sans cervelle, là des pauvres en masse qui viendraient réclamer leur dû - pas la peine d'aller lire des critiques pour faire ce genre d'analyse...), et Romero, me semble-t-il, s'il pointe sa caméra sur un aspect de la société de consommation telle qu'on peut encore l'observer aujourd'hui, ne pointe cependant rien du doigt. Il nous offre une vision du monde, tout simplement. Un monde qui change, évolue, nous fait peur et place souvent l'individu dans une situation paradoxale - seul au milieu de tout le monde (images de zombies qui se croisent mais ne se voient pas, se bousculent les uns les autres, ne s'occupent que d'assouvir leur faim sans jamais se préoccuper de l'avenir, leur regard hagard plongé dans l'instant/instinct présent) - des individus seuls ensemble, donc, qui se rassemblent et se ressemblent d'autant plus qu'ils cherchent à se démarquer, se détacher du groupe. Au bout du compte, il y a bien un mouvement qu'on pourrait dire "de masse", mais désarticulé, sans réelle logique, dépourvu de direction, de sens : le zombie claudique, pourrit lentement mais sûrement, n'est plus capable de dire quoi que ce soit, d'articuler le moindre mot, ne peut plus que râler, sans cesse, sans raison... Un peu comme l'individu moyen, en fait !

Mais en voilà assez pour ce simulacre de début d'analyse ! Vous l'aurez compris, si vous n'avez toujours pas vu ce film, vous êtes impardonnable ! Un grand classique, donc, à regarder absolument, encore et encore !

Note : est-il vraiment besoin, à ce stade, de mettre une note ? Allez, je mets 11/10, pour la forme !

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