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Re-Animator


Re-Animator Anne : 1985

Titre original : Re-Animator

Ralisateur : Stuart Gordon

Aprs la mort de son professeur dans des circonstances pour le moins tranges, Herbert West, jeune tudiant en mdecine l'apparence inquitante, quitte la Suisse pour aller suivre, l'universit Miskatonic d'Arkham, dans le Massachusetts, les cours du docteur Carl Hill sur le cerveau humain. Trs vite, il se fait ngativement remarquer par ce dernier en s'opposant ses thories au sujet du moment o survient rellement la mort et l'avoir ridiculis devant les autres lves. C'est ce jeune homme tout aussi perturb que perturbant que Daniel Cain, tudiant lui aussi et petit ami de Megan Halsey, fille du recteur de l'universit, voit un soir dbarquer chez lui pour lui proposer de vivre en colocation. L'appt du gain parvient sans mal avoir raison de son hsitation premire et Herbert West s'installe donc aussitt. C'est alors que les ennuis commencent : aprs avoir ressuscit Rufus, le chat noir du jeune couple, l'aide d'un liquide vert fluo concoct par ses soins, West convainc Cain de l'aider prouver au monde qu'il est possible de ramener les morts la vie, suite quoi nos deux complices s'en vont la morgue essayer le produit sur des cadavres humains. L'exprience tourne bien sr au cauchemar...

Libre adaptation de l'une des plus "mauvaises" nouvelles de Howard Phillips Lovecraft - mais, bien videmment, tout est relatif - intitule "Herbert West, Reanimator", crite entre 1921 et 1922, Re-Animator, ralis par Stuart Gordon et produit par Brian Yuzna, est, avec la srie des Evil Dead et Braindead, l'un des grands classiques de la comdie gore, genre qu'il a lui-mme contribu crer. Vous l'aurez compris, Re-Animator ne fait pas dans la dentelle : zombies, humour grotesque, scnes ultra-gore (du moins pour l'poque, d'autant plus que les effets spciaux ont, pour certains, mal vieilli), personnages caricaturaux (flicitons, au passage, l'inoubliable performance de Jeffrey Combs, alias Herbert West), scnario abracadabrant - tout est l pour que se mlent et s'entremlent le rire et l'horreur dans un tourbillon d'hmoglobine et de rfrences "gnriques", qui vont de Frankenstein (un savant fou qui veut ramener des morts la vie ? Comme c'est trange, il me semble avoir dj lu et vu a quelque part ! - Notons par ailleurs que la suite de Re-Animator s'intitule... Le Fiance de Re-Animator, titre qui nous renvoie au clbre La Fiance de Frankenstein (James Whale, 1935) et nous rappelle par l mme que Frankenstein n'est, l'origine, pas le nom de la crature...) Evil Dead (Sam Raimi, 1981), en passant par Psychose, d'Alfred Hitchcock (la musique du gnrique d'introduction est une reprise dans le style des annes 1980 du thme principal du film qui marque, selon moi, les vritables dbuts du cinma d'horreur proprement parler), et La Nuit des morts-vivants, ralis en 1968 par George A. Romero (pour d'videntes raisons).

Puisque nous en sommes aux rfrences, parlons un peu de celles qui sont faites l'univers lovecraftien, car, bien plus qu'une adaptation, le film est un vritable hommage aux crits du reclus de Providence. Tout d'abord, il y a l'universit Miskatonic et la ville d'Arkham, lieux tout droit sortis de l'imaginaire improbable de notre clbre "fantastiqueur", o toujours se droulent des vnements tranges qui conduisent irrmdiablement les personnages la mort ou, pire, la dmence, l'exemple de ce trs cher Allan Halsey, pre de la petite amie de Cain, qui finit transform en mort-vivant dans une chambre capitonne. Ensuite, il y a ces deux protagonistes dont la relation semble pour le moins trange : on pourrait parler d'homosexualit latente, d'autant plus qu'un plan du film nous montre Herbert West prenant Daniel Cain dans ses bras pour le rassurer - mais cela pourrait tout aussi bien nous ramener la reprsentation classique de la Madone, ce qui, lorsqu'on sait combien Lovecraft aimait parodier certains poncifs du christianisme, ne saurait tre considr comme un pur hasard ( titre d'exemple, Cain habite au numro 666...). De plus, on retrouve chez West et Cain le lien ambigu de fascination de l'un pour l'autre que l'on voit apparatre dans la plupart des nouvelles de HPL, entre un "Je" plutt passif et un personnage central grce auquel tout se passe (ici, Herbert West, donc). Enfin, nous pourrions galement mentionner la prsence anecdotique du chat noir (Lovecraft aimait au moins autant Edgar Allan Poe que ses chats...) ou bien encore la structure cyclique du film (Re-Animator s'ouvre sur une exprience rate de West qui s'est conclu par un dsastre et se referme presque de la mme faon), typique galement de la cration lovecraftienne.

Il est cependant un point sur lequel Stuart Gordon et Brian Yuzna se sont montr infidles l'auteur dont ils ont depuis adapt un certain nombre d'autres crits : la sexualit. En effet, si l'on vite l'cueil de l'approche psychanalytique, qui donne des rsultats ridicules lorsqu'on l'applique l'oeuvre de Howard Phillips Lovecraft, il apparat clairement, aprs lecture de quelques nouvelles seulement, que la sexualit ainsi que, dans une certaine mesure, les femmes, demeurent totalement absentes de ses crits. Cependant, cette infidlit relative reste, d'une faon toute particulire, extrmement fidle l'oeuvre de HPL. En effet, si l'on excepte la scne o Cain et Megan font l'amour dans leur chambre au dbut du film, le sexe est toujours montr d'une manire extrmement drangeante et morbide, en tmoigne cette scne o le professeur Hill, alors dcapit puis ressuscit par West, fait kidnapper Regan et ordonne son zombie de pre de la dshabiller devant lui sur l'une des tables de la morgue, aprs quoi le corps dcapit de Hill saisit la tte de ce dernier et vient la placer entre les jambes de la jeune fille, mortifie.

En conclusion, comme c'est souvent le cas lorsque Brian Yuzna est impliqu dans une sombre histoire de film lovecraftien, on a curieusement l'impression d'avoir affaire un hybride compltement djant des crits de Sade et de HPL, dans lequel tous les personnages finissent, mtaphoriquement ou non, par perdre la tte, et ce pour le plus grand plaisir du spectateur. Re-Animator est, vous l'aurez compris, un film tout la fois kitsch et culte voir absolument.

Note : 8.5/10


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