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La synchronicit


En guise d'introduction

Hasard ? Vous avez dit hasard ? Comme cest bizarre ! Il ny a pas de hasard. Lorsque vous lancez un d six faces, vous savez pertinemment que le rsultat sera ncessairement compris entre un et six. Il sagit, oxymore oblige, dun hasard programm. Dun ensemble de possibilits prvues lavance. Il nen va pas autrement, selon moi, de lunivers et de notre existence au sein de ce dernier. Parfois, le chemin de vie que nous suivons nous mne des situations particulires, des crises, au cours desquelles des choix et des changements se prsentent nous sous forme dvnements, de rencontres et de signes en apparence anodins pour un observateur extrieur, mais qui revtent un sens profond pour celui qui les peroit et les reoit pour ce quils sont peut-tre : des messages. Ces moments de crise, quils soient positifs ou ngatifs, nous obligent repenser la manire dont nous nous reprsentons le monde et bouleversent les mcanismes intellectuels et psychologiques qui sous-tendent notre rapport ce dernier. Il sagit, en somme, de prendre une dcision fonde sur notre jugement, dcision dont les consquences modifieront en substance ce que lon appelle, depuis laube de lhumanit, notre destin (du latin destinare, qui signifie assujettir , affecter , fixer son dvolu sur ou bien encore viser ). Jusque-l, rien que de trs naturel. Nanmoins, fait bouleversant, nous sommes souvent confronts, au cours de ces priodes dune intensit remarquable sur le plan motionnel, dtranges concidences. Des concidences qui, par un effet daccumulation saisissant, font sens. Des concidences qui font, justement, concider notre tat psychique avec notre environnement physique. Tout se passe ds lors comme si nous tions en communication directe avec le cosmos. Comme si lunivers et nous-mmes ne faisions quun. Ce sont ces synchronicits, comme les appelait Jung, qui finissent par nous convaincre dfinitivement quil ny a pas de hasard et nous mettent lcoute de ce que nos socits occidentales matrialistes balaient souvent dun revers de la main, prtendant quil sagit l de fantasmes dordre sotrique, de pures concidences cest le mot juste ou de superstitions, et quil ne faut pas donner du sens des choses qui ne sont pas dmontrables scientifiquement en ltat actuel de nos connaissances. On nous somme en somme ! dignorer sciemment une partie de la ralit. Celle-l mme qui, pour linstant, chappe notre entendement en se faisant pourtant bruyamment entendre. Ces synchronicits feront lobjet, vous laurez compris, de la prsente rflexion.

Nous commencerons par aborder les raisons pour lesquelles je me suis, en premier lieu, intress ce phnomne. Ces raisons, comme nous le verrons, sont en elles-mmes plus quloquentes et participeront de la dmonstration que jentends tablir au cours des lignes qui suivent. Cette dmonstration, bien entendu, na rien de scientifique, puisquil est impossible de reproduire une exprience intrinsquement unique, et mon intention nest pas tant de prouver la vracit de mon propos que douvrir des voies que lon sinterdit, gnralement par pudeur, par confort intellectuel et par adhsion relative aux valeurs plus ou moins athes de notre socit, demprunter. La transcendance, aujourdhui, fait peur. Pour ma part, je trouve quau contraire elle est source despoir. Et cest l ce que je men vais de ce pas vous montrer et vous dmontrer.

Une aventure personnelle

Nous sommes en octobre 2015. Je suis pre depuis quelques mois dune adorable petite fille, dont larrive chamboula quelque peu mes relations avec sa mre, et je commence me sentir puis nerveusement, physiquement et psychologiquement. Ebranl jusque dans les fondements de ma personnalit, ne trouvant plus le temps de me consacrer mes passions et me disputant de plus en plus frquemment avec ma conjointe pour des raisons si futiles comme cest souvent le cas que jen ai depuis longtemps oubli la teneur, je me mets rver dun ailleurs plus prometteur, dun chappatoire par lequel il me serait possible de repartir zro, peut-tre pour y voir plus clair, et dune rencontre qui deviendrait, en quelque sorte, une bonne excuse pour fuir des responsabilits pour le moins touffantes. Jai limpression de suffoquer mais on peut dire que je ne manque pas dair dans mes aspirations. A mon grand tonnement, le changement tant espr finit par se produire.

Je fais alors deux rencontres, lies deux aspirations complmentaires. La premire est celle dAle (jutilise ici son pseudonyme), auteur de BD devenu documentaliste, par un concours de circonstances suffisamment remarquable pour mriter quon en fasse ici le rcit. Comme beaucoup dentre vous le savent certainement, je me livre depuis ma plus tendre enfance la cration de bandes dessines sous des formes diverses, ce qui, depuis 2012, se traduit par la parution rgulire de mes Histoires cochonnes sur Internet et de leur publication sur papier ds quune saison se termine. Dsesprant de rencontrer des gens du milieu, je profite alors nanmoins des conseils dun collgue et ami qui enseigne les arts appliqus au lyce dans lequel je travaille. Japprends par ailleurs quun autre collgue, que je nai que rarement loccasion de croiser, publie rgulirement des bandes dessines titre professionnel et quun de nos anciens lves fait de mme depuis quelques annes. Cest ironique, me dis-je. Tous les dessinateurs et aspirants dessinateurs de BD se sont-ils donn rendez-vous dans cet tablissement ? Ce lyce, prcisons-le, nest autre que le lyce dans lequel ma compagne a pass son bac un peu plus dune dizaine dannes plus tt. Jy ai t mut par hasard. Cest galement le lyce dans lequel javais envisag, dix-huit ans, daller faire un BTS audio-visuel, avant den tre dissuad par mon pre. Ce dernier mencourageait en effet suivre lautre voie que jenvisageais lpoque : aller tudier les langues et la psychologie luniversit Lyon 2. Ce que je fis. Quant la BD, lcole la plus proche cotait 5000 euros par an. Ce ntait donc mme pas la peine dy penser.

Un jour, une amie du CDI me propose de participer une runion organise avec le personnel de la mdiathque de la ville o se trouve le lyce. Pour me convaincre, elle me dit que ce serait loccasion pour moi de voir sil ne serait pas possible tout hasard dorganiser un projet en rapport avec la langue anglaise (je suis officiellement professeur danglais). Elle prcise que la runion sera prcde dun repas dans le bistrot du coin. Jaccepte, songeant que a me changera . Le jour venu, je rencontre les membres de lquipe de la mdiathque, dont Ale. Nous parlons de choses et dautres et, trs vite, en marchant, nous en venons parler BD. Me rendant compte quAle est un vritable connaisseur, jen profite pour lui montrer un exemplaire de mes Histoires cochonnes en noir et blanc que, par chance, javais gliss dans mon sac quelque temps auparavant. Aprs mavoir fait part de ses critiques beaux graphismes, trop de jeux de mots , ce dernier me confia quil avait lui-mme t publi quelques annes plus tt par Lewis Trondheim en personne et me proposa de nous revoir pour discuter de nos futures crations. Quoi quil advienne par la suite nous parlons en effet toujours de collaborer pour un projet de magazine nos discussions et nos changes me permirent de trouver la motivation ncessaire lachvement de mon troisime tome et llaboration du suivant, qui, comme laccoutume, supposait un changement de format, de style et dhumour. Le soir mme, lorsque je mentionnai le nom dAle ma conjointe, cette dernire me lana un regard empli de stupeur : le dessinateur-documentaliste tait en effet dans sa classe au cours de ses annes de lycenne.

La deuxime rencontre eut lieu dans mon tablissement. Cest par le truchement dune amie professeur de franais que mapparut C.. Ctait au cours dune rcration. Trs vite, nous sympathismes. Cette dernire sarrangea ds lors pour que nous passions le plus de temps possible ensemble et monopolisa rapidement mon attention. De mon ct, jtais tout la fois fascin et perturb. Sil y avait bien quelque chose de profondment touchant chez elle, il se trouvait nanmoins galement quelque chose de profondment troublant dans sa manire dtre : sa voix ou plutt ses voix sonnaient faux, sa communication non verbale semblait envoyer des messages contradictoires et son entreprise de sduction mon gard ne se limitait manifestement pas ma seule personne. Quant son humour, il me rappelait une autre personne, que javais connue en facult danglais et qui, bien que nous fussions rests en contact, souffrait dun trouble psychologique dont, suspense oblige, je reparlerai plus tard.

Au cours de nos premires conversations, nous voqumes notre conception de lamour. Je lui contai ma mfiance passe vis--vis des femmes et, par instinct, mempressai de lui faire savoir que je navais connu, au cours de ma vie sentimentale, que des filles problme (ou presque) dont le comportement mon gard navait pas toujours t ni trs clair, ni trs sain. Je lui citai quelques exemples plus que probants. Pour toute raction, cette dernire se contenta, comme ce serait souvent le cas, desquisser une mimique difficile interprter. Ce ntait en tout cas pas de la compassion. Trs vite, ne mapercevant pas que jtais souvent seul converser C. me dvorait du regard, positionnait ses jambes sur les canaps de manire suggestive et, quand elle parlait, ce qui tait rare, abondait simplement dans mon sens , je finis par tre obnubil par son personnage. Je pensais elle jour et nuit. Littralement. Pourtant, je le savais, ce ntait pas de lamour. Au mieux, ctait une attirance purement sexuelle. En dautres termes, rien qui valt la peine de sacrifier une belle et longue relation, ma petite fille et tout ce que ma conjointe et moi-mme avions construit jusque-l.

Au bout dun peu plus dun mois dune proximit voire dune promiscuit qui commenait devenir pesante de par son ambigut, jappris que C. vivait en couple. Elle, de son ct, sembla dcouvrir au mme moment ma situation personnelle. Le regard que nous changemes alors valait toutes les paroles du monde. Nous nous tions, peut-tre inconsciemment, cach la vrit. Cest partir de l que les vnements prennent une tournure des plus intressantes, puisquune srie de dtails de plus en plus significative entre alors en rsonnance avec un certain nombre dlments de mon existence : C. habite dans limmeuble qui jouxte le collge o travaille ma conjointe ; les prnoms de ses deux relations les plus longues et les plus marquantes sont les noms de famille de mes deux seules vraies relations ; son deuxime prnom, Berti, ressemble trangement au prnom de ma premire petite amie, Liberty (prnom suffisamment rare pour quon puisse tre tonn de la ressemblance). Si je marrtais l, nous pourrions peut-tre encore parler de concidence et de pur hasard, quoi que cela puisse vouloir dire.

Cependant, une autre srie dchos devait me mettre dfinitivement sur la bonne voie, me permettant, in fine, de mettre des mots sur ce que mon intuition mavait signal ds le dpart et que javais alors formul de la manire suivante : Mfie-toi, Erwan, cest une sductrice. Je tentais dailleurs rgulirement de me convaincre que nous navions rien voir lun avec lautre : elle tait certes plutt belle, mais plus ge que moi, ne voulait pas denfant, ne semblait pas avoir la moindre passion, ntait pas crative, tentait de me rendre jaloux en draguant dautres collgues et se refusait quitter pour moi le masque social quelle avait cr pour les autres. Mme en priv, sa voix continuait de sonner faux comme celle du camarade de facult mentionn plus haut. Je devais dcouvrir que ce ntait l pas leur seul point commun. C., comme je lai dit, vivait avec un homme. D.. D., ctait justement le nom de la personne cite prcdemment. Et ce D.-l, lui, mannona quelques jours plus tard quil avait rencontr lamour de sa vie . C.. Surpris, je menquis de son nom de famille. Aucun rapport, si ce nest que toutes deux avaient pour patronyme un nom commun. Mieux, tous deux avaient des origines normandes (et se spcialisaient ironiquement dans ce quon appelle la rponse de normand , jamais fiable et toujours ambigu), profraient rgulirement des remarques tout aussi dplaces que dplaisantes, taient allergiques aux chats, se mettaient beaucoup de gens dos, semblaient avoir des relations singulires avec leur famille, et plus particulirement avec leurs parents, manifestaient un rapport pathologique la sduction, la sexualit et, surtout, lintimit, se comportaient de manire obsessionnelle dans bien des domaines et paraissaient dpourvus de toute empathie. Aprs de longues et fastidieuses recherches, je compris rapidement quils avaient le mme profil psychologique : celui du pervers narcissique.

Ntant pas spcialiste et prfrant massurer de ce que javanais, jen parlai tout dabord des personnes qui les connaissaient bien ou les avaient bien connues. Ces personnes me confirmrent que ctait l tout fait ce quelles avaient ressenti, raison pour laquelle elles avaient mis de la distance avec les intresss, voire avaient rompu tout contact avec elles ( linstar de beaucoup dautres, comme je le savais fort bien). Jentrepris alors de rdiger une synthse de mes dcouvertes dans le domaine afin den faire profiter les internautes. A mon grand tonnement, je reus beaucoup de messages privs, de mails et de remerciements, de la part de personnes qui avaient connu le fameux D.. Quant C., une collgue salua le portrait que javais tir delle. Je prcise, au passage, que larticle ne faisait que reprendre lessentiel des livres que javais lus sur le sujet de la perversion narcissique, sans entrer dans les dtails de ma vie prive. Depuis la publication, je nai plus la moindre nouvelle de D., qui a chang radicalement dapparence physique et de personnalit. A titre personnel, je pense que la perversion narcissique est tout la fois une forme de psychopathie (ce qui est prouv) et de schizophrnie (ce qui ne lest pas). A tout hasard, si C. et D. me lisent, je leur recommande de suivre une thrapie comportementale. a ne les gurira pas, mais cest pour linstant la seule mthode qui ait fait ses preuves avec les personnes atteintes de cette pathologie.

Ainsi, cest une srie de concidences des plus improbables or, cest bien l le propre de la synchronicit qui me permit de comprendre, non seulement le comportement de C., mais galement celui de D.. Par jeu, je mamuse de lide que ces deux individus lhumour cinglant, mprisant et rabaissant, sont les deux seuls que je connaisse dont les noms et prnoms permettent dcrire en toutes lettres le mot diable , surnom que lon donne souvent aux pervers narcissiques. En grec, D. signifie dailleurs dmon . Quoi quil en soit, mtait-il possible, en tant que Breton, dchapper au conflit qui, depuis des sicles, voire des millnaires, oppose mes anctres aux Normands, ainsi que se plaisaient me le rappeler C. et D. ? Comme je le disais plus haut, ces moments de crises parsems dvnements symboliques significatifs mnent gnralement, quand on sait les couter, de profonds bouleversements dans la manire dont nous concevons et percevons le monde. A lvidence, ce fut mon cas, sans quoi je naurais pas crit ces lignes. La rponse que je venais de trouver me mena par consquent directement la question suivante : quest-ce qui, chez moi, me poussait vers des personnes de ce type et les attirait en retour moi ? Sachant que ces manipulateurs sont quasi-exclusivement attirs par deux profils en particulier, jen conclus que je devais probablement correspondre lun deux : tais-je simplement hypersensible (20% de la population), ce dont jtais peu prs sr, ou bien tais-je ce que certains psychologues appellent un zbre (2% de la population) ? Nayant pour linstant pas subi le moindre test officiel et doutant du srieux des tests de QI disponibles sur Internet (on ny teste en effet que certains types dintelligence et je suis pass de 137 143 en lespace de quelques annes seulement), je ne suis pas en mesure aujourdhui daffirmer quoi que ce soit. Ce qui est certain, cest que la description clinique du zbre correspond en tout point, ou presque, ce que je suis et ce que jai vcu et ressenti tout au long de mon existence. Il nest que de me connatre personnellement, de mentendre mexprimer en public et de parcourir mon site Internet pour sen convaincre. Pour ma part, cest la lecture dun livre de Jeanne Siaud-Facchin et dextraits de lautobiographie de Jung (encore lui) qui confirma cette hypothse mes yeux. Ceci fera cependant le sujet dun autre article, que je vous laisserai le plaisir de dcouvrir par vous-mmes.

Autres exemples et premires hypothses

Aprs ces rvlations, il tait grand temps pour moi de porter une attention toute particulire au phnomne dont elles taient la consquence immdiate. A vrai dire, cela faisait dj longtemps des annes, pour tre plus prcis que le sujet mattirait. Cest que je nen tais pas ma premire exprience du genre. Avec mon meilleur ami, Julien, statisticien de formation, nous avions mme tabli la liste, non-exhaustive, des bizarreries de ce genre dont avions t tmoins. Parfois, ces failles spatio-temporelles nous affectaient et nous reliaient tous deux : ainsi, nos compagnes respectives portent, peu de choses prs, les mmes noms et prnoms (leurs initiales tant par consquent identiques) et sont nes le mme jour deux ans dcart ; le prnom de ma fille, Alice, choisi en hommage sa grand-mre maternelle, est, une lettre prs, celui de sa premire descendante, Lucie, qui tait lui-mme, une lettre prs galement, celui dun personnage de ma cration, Lucien, prnom qui faisait ouvertement rfrence Julien par ses sonorits ; lorsque Lucie naquit, mon ami aperut, par la fentre de la chambre dhpital o se trouvait sa compagne, une ambulance dont le logo ntait autre que ma signature (a ne sinvente pas ! Prcisons, sil est ncessaire, que je navais rien voir avec la cration de ce logo) ; enfin, la naissance de sa deuxime fille fut galement le thtre dune concidence singulire, puisquil se retrouva dans une chambre dont lun des murs tait couvert dune inscription tire dAlice au pays des merveilles. En guise de clin dil, je lui offris pour son anniversaire un livre intitul La synchronicit, lme et la science, dans lequel Hubert Reeves et des spcialistes de disciplines aussi varies que la biologie, la neurologie, la psychanalyse et la physique, expriment leur point de vue sur ce sujet controvers.

A lpoque, je formulai pour moi-mme diffrentes hypothses, nosant alors en parler ouvertement mon entourage, de peur de passer pour un mystique ou, pire, un mystificateur. Je confiais donc mes rflexions mon carnet de notes, quelques proches ainsi qu des personnes suffisamment veilles et curieuses pour ne point me juger laune de ces lucubrations quelque peu farfelues. Dans le mme temps, je visionnais des sites Internet, des vidos et des confrences en rapport avec mes interrogations. Plutt matrialiste, je cherche toujours une explication rationnelle aux nigmes que je rencontre, et ce depuis ma plus tendre enfance. Partant dun constat, celui de la rcurrence des concidences significatives, jarrivais plusieurs conclusions possibles : 1. Etant donn que ces dernires ne font sens quaprs coup, par un effet daccumulation trangement inquitant , pour reprendre lexpression de Freud, nous sommes seuls responsables du lien que nous tablissons entre des vnements dissocis, ce qui ne prouve rien, sinon notre tendance nous prendre pour le centre du monde ; 2. Ces signes sont toujours prsents et se prsentent toujours nous, mais nous ne les remarquons pas tant que nous ny prtons pas attention, tels des panneaux de direction devant lesquels on passe tous les jours sans voir quils indiquent dautres destinations que, par exemple, notre lieu de travail, jusqu ce que nous soyons amens nous rendre autre part et donc remarquer ces autres indications, qui taient l depuis le dbut ; 3. Hlas, certaines synchronicits contredisent souvent mes deux premires conclusions : les intuitions, les prmonitions et les rencontres nouvelles.

Il me semble important, ici, dillustrer mon propos par quelques exemples. Le premier, personnel, est celui dun accident de voiture que jeus il y a peu, au mois de novembre de lanne 2016. Un soir, alors que je rflchissais dans mon bureau aux raisons que javais de me rjouir en dpit de tout un fatras de tracas et de fracas, jinscrivis dans mon carnet les mots suivants, en lettres capitales : JE SUIS VIVANT . Sur le coup, je fus pris dun trange pressentiment, me demandant si cette phrase nallait pas se rvler ironique. Le lendemain matin, comme je mapprtais me rendre au lyce sous la pluie naissante et la nuit mourante, je ressentis nouveau ltrange impression dtre sur le point de rejoindre mon destin. Ma compagne, contrairement ses habitudes, ne me conseilla pas de faire attention sur la route. Une quinzaine de minutes plus tard, un automobiliste me fit un appel de phares pour me signaler la prsence dun chien-loup de mon ct de la chausse. Lorsque je vis lanimal, je ralentis, esprant quil finirait par ster de mon chemin. La bte nen fit rien. Elle se contenta de me fixer droit dans les yeux. Je dus marrter net au tout dernier moment. Le temps pour moi dallumer mes feux de dtresse, un autre conducteur me rentrait dans le coffre de plein fouet. Ma premire pense, vous vous en doutez, ne fut autre que : JE SUIS VIVANT ! . Mon premier rflexe, ensuite, fut de vrifier si limposant canid la fourrure blanche navait pas t bless. Son absence me rassura. Quant moi, jtais indemne, tout comme lautre conducteur. Seuls nos deux vhicules avaient subi des dgts, par ailleurs peu importants. Lorsque je remis le moteur en marche, mon autoradio refusa de lire le CD de Daftpunk (Random Access Memory) qui se trouvait dans le lecteur, lui prfrant, sans que je pusse me lexpliquer, la chane catholique Radio Esprance. Lmission du jour traitait de Pques et de la rsurrection du Christ. Il se trouve que jtais alors en pleine priode de remise en question, me demandant si jtais sur le bon chemin : javais cess toute communication verbale avec C., mtais mis srieusement la prparation de mon deuxime dan de karat, venais de changer (enfin) dordinateur aprs de longues et multiples tergiversations, commenais de retrouver une forme olympique et sentais que jtais sur le point de revoir en moi le loup solitaire auquel je me suis toujours identifi. Ntais-je pas tout simplement sur le point, moi aussi, de renatre ? Ctait en tout cas un bel exemple de ce quon appelle couramment lironie du sort . Le message, pour le coup, tait clair. Comme me le fit remarquer ce jour-l une amie catholique, quelquun avait frapp la porte . Que pouvais-je bien lui rpondre ? Eh bien, oui, ctait une manire lgante de le formuler : quelquun, quelque chose avait frapp ma porte. Et je dcidai de louvrir en grand. Le jeudi 24 novembre 2016, je compris, baptise par la pluie, la tle et la route, quil tait encore possible pour moi, moi qui ne suis pas baptis, moi qui suis de culture catholique mais nai jamais reu la moindre formation religieuse, moi qui me voyais comme un agnostique au matrialisme mtin de mysticisme rationaliste et qui ny voyais pas de contradiction, je compris, dis-je, quil mtait encore possible davoir la foi : rien dans lunivers ne pouvait tre d au hasard. Le nier serait me renier. Daucuns penseront probablement que jai d recevoir un choc la tte ce jour-l. Peut-tre. Et alors ? Cela ne ma en tout cas pas empch de passer une excellente journe.

Pour Adrienne Amande Pauline Bolland, clbre aviatrice franaise ne en 1895 et morte en 1975, cest bien la porte quun matin le destin frappa. Littralement. Avant de se lancer dans la lutte pour le droit des femmes, et notamment le droit de vote, et de sengager dans la rsistance en zone occupe pendant la seconde guerre mondiale, ce personnage hors norme entreprit daccomplir des prouesses dans le ciel en volant de ses propres ailes. Elle sengage en 1919 dans une cole de pilotage au grand dam de sa famille, devient un an plus tard la treizime femme obtenir son brevet de pilote, sera peu de temps aprs la premire femme traverser la Manche depuis la France et finira par se lancer un dfi dune extrme dangerosit : survoler la Cordillre des Andes, o beaucoup daviateurs ont dores et dj perdu la vie. Sachant quelle devra pour ce faire embarquer bord dun G3 qui plafonne 4000 mtres daltitude, tout le monde la donne davance pour morte et prend un malin plaisir lavertir du sort funeste qui lattend dans la plus longue chane de montagnes du monde, qui slve en certains endroits plus de 6900 mtres. Faisant fi des commentaires mdisants, Adrienne rsiste, insiste et persiste. Alors quelle se trouvait dans sa chambre dhtel rflchir, une femme vint frapper sa porte. Agace de ce quon pt encore lennuyer au sujet de son prilleux priple, Adrienne prit cependant la peine dcouter cette inconnue dorigine basque et bretonne qui parlait si mal franais : cette dernire ne chercha cependant pas lempcher de partir. Elle tait simplement venue lui donner un conseil : A un moment, vous serez dans le fond dune valle qui tourne droite. Il y aura un lac. Vous le reconnatrez : il a la forme et la couleur dune hutre, vous ne pouvez pas vous tromper. Vous aurez envie de tourner droite. Il ne faut pas. Les montagnes sont plus hautes et vous ne pouvez pas monter (p.206 du Petit livre des grandes concidences de Gilbert Sinou). Cette femme tait ouvrire. Elle ne connaissait rien ni la montagne, ni aux avions. Pourtant, lorsquAdrienne aperut un lac en forme dhutre, elle dcida sans trop savoir pourquoi de faire confiance linconnue. Contre toute attente, elle survcut. A son retour Buenos Aires, Adrienne tint remercier de vive voix linconnue. Celle-ci lui confia quelle faisait partie dun groupe spirite et quelle stait constamment tenue au courant de son voyage, afin de sassurer de lexactitude de son intuition.

Les anecdotes de ce genre font flors sur la toile, dans les livres dhistoire et les rcits que lon se fait le soir au coin du radiateur. On les aime parce quelles sont invraisemblables et pourtant vraies tout la fois. Ce qui les rend invraisemblables, improbables, impossibles ? Labsence de logique qui les caractrise. Et quest-ce que la logique ? Le lien de causalit. La pense scientifique nous enseigne, depuis les Lumires, quil y aurait dune part les causes et, dautre part, les effets, et que les effets deviennent leur tour des causes, dans un enchanement sans fin quon peut mesurer dans lespace et le temps. Ce qui frappe lesprit dans les phnomnes synchronistiques, cest la relation dacausalit qui semble unir, en dpit de toute logique, des vnements dissocis physiquement mais synchroniss entre eux par un lien smantique. Pour le dire autrement, cest limpression quils donnent dchapper aux lois de lespace et du temps qui nous sidre. En outre, le lien qui les unit nexiste qu condition dtre peru, de ltre de manire globale et dintgrer la conscience dun tre tel que lhomme, dou de raison, cette raison mme qui le pousse juger quil nest pas rationnel denvisager de telles corrlations entre les vnements. Le problme vient peut-tre justement de lidologie rationaliste qui sous-tend depuis deux sicles notre vision du monde.

Science et conscience : une question de paradigme

Descartes nous enseignait au dix-septime sicle sa mthode, qui consistait, pour comprendre un ensemble, un systme, un mcanisme, dcomposer le tout en ses diffrentes parties. Leur analyse permettrait in fine dtablir une conclusion gnrale applicable lensemble ainsi dstructur. Son influence fut telle que la science repose encore de nos jours sur des principes noncs il y a plus de quatre sicles. Les Lumires, quant elles, supposrent que lhomme tait la mesure de toute chose et, plus tard, le positivisme complta cette affirmation par lide que lon pouvait tout expliquer au sein de lunivers et bien sr, lunivers lui-mme par le truchement de la mthode scientifique. On narrterait pas le progrs. Et il ny avait pas de hasard, seulement des choses dont on ne saisissait ou ne connaissait ni les causes, ni les consquences, et tout pouvait sclairer par des raisonnements de type mathmatique, si complexes fussent-ils. Lhomme devenait ses propres yeux lgal de Dieu. Lavnement subsquent de la relativit gnrale et de la physique quantique devaient, au dbut du vingtime sicle, venir chambouler ces ides reues, les retourner contre elles-mmes et provoquer de la sorte un nouveau glissement paradigmatique dont les certitudes scientistes ne sortiraient pas indemnes. Ce bouleversement pistmologique, comme nous allons le voir, nest pas sans intrt dans la rflexion que nous menons prsent. Mais, avant de nous occuper du vingtime sicle et de ses incertitudes renouveles, retournons, le temps dun bref dtour, dans lAntiquit.

Contrairement nombre de nos contemporains, les Grecs, eux, coutaient leur instinct, sans quoi Dmocrite naurait jamais mis lhypothse dsormais avre de latome : ce dernier ntait-il dailleurs pas le moyen quavait trouv Dmocrite dexpliquer ce qui constituait la matire par des liens tout aussi indfectibles quirrductibles, le mot atome signifiant quon ne peut diviser ? Ne sommes-nous pas en mesure, ds lors, dimaginer la possibilit dune sorte datome acausal immatriel libr de lespace et du temps, et dont la fonction principale serait de relier les lments entre eux par le sens ? Nest-ce pas l ce quon appelle une information, linterprtation de cette dernire et son agencement au sein dun nuage dinformations analogues formant pour nous un tout dont le cerveau seul est responsable de la cohrence ? Cette capacit que nous avons de nous reprsenter le monde et de nous en constituer une vision synthtique et simplifie, rappelons-le, nous a permis et nous permet encore de survivre en tant quespce. En effet, si ltre humain se constitue ds la naissance une carte mentale du monde, cest dans le but de connatre son environnement dans ses moindres recoins, les dangers qui sy trouvent, les ressources et les zones scurises. Cela le rassure en lui donnant en quelque sorte une illusion de contrle. Rien dtonnant, ds lors, ce que linconnu lui fasse si peur. Ce quil ne connat pas reprsente un danger potentiel et loblige utiliser de nouveau toutes ses facults pour transformer ce mystre en savoir, afin de se sentir mieux, de ne pas avoir se poser en permanence les mmes questions et dconomiser son nergie pour dautres activits. Son confort assur, lhomme peut se livrer au dveloppement de nouvelles techniques et technologies, dans une progression constante, et ce tant que les conditions sont runies pour le lui permettre. A lchelle collective, cette carte mentale devient ce quon appelle une culture, se transmet et se partage entre individus dun mme groupe afin den assurer la cohsion. Ils peuvent ainsi sidentifier les uns aux autres par des signes visuels, gestuels et verbaux, dont ils reconnaissent les codes. Ceux qui respectent ces codes inspirent la confiance. Les autres, quils fassent partie du groupe ou non, suscitent de fait la mfiance. Lhomme est programm naturellement pour franchir ces tapes essentielles sa survie. Donner du sens ce quil voit, sent et ressent, ce que ses sens lui transmettent et ses intuitions, lui permet de rester en vie par le lien quil tablit avec lui-mme, les siens et le monde. La science et la philosophie ne sont rien dautres que des exemples labors, structurs et sophistiqus de ce processus inn. Quand lenfant a peur du noir, il sinvente des monstres. En donnant forme ses angoisses, il en attnue la teneur et la porte dans lespoir de les matriser et den faire un atout. Cest ainsi que son intellect et son imagination, qui vont de pair, se dveloppent. Expliquer, cest exorciser.

Tel semble tre le propos de Stanley Kubrick au dbut de 2001, lOdysse de lespace : au tout dbut de la squence intitule Laube de lhumanit , le ralisateur nous donne voir une bande de primates assujettis leurs besoins, dfendant comme ils peuvent le peu de ressources quils ont contre les prdateurs et dautres groupes de primates. Un matin, aprs une nuit passe dans une grotte, prostrs dans les recoins les plus sombres guetter le moindre danger, nos anctres trouvent leur rveil un monolithe noir sorti de nulle part. Ils sen approchent, lauscultent, ltudient et finissent, aprs moult hsitations, par leffleurer, puis, pour les plus tmraires, le toucher. Dans le mme temps, le spectateur entend un crescendo de voix dissonantes, qui montent petit petit dans les aigus. Lorsque lascension se termine, de manire abrupte, on change de scne. Jouant au milieu des ossements, un individu isol prend un os et se met taper sans y croire sur le reste du squelette. Quelques notes dune musique dsormais clbre retentissent. Eurka ! Il vient dinventer le premier outil un marteau qui lui servira darme redoutable contre les ennemis de sa tribu. Ce que nous dit Kubrick, cest que lhomme devient homme en conceptualisant la mort, ou plutt sa peur de la mort, en lui donnant forme et sen servant pour dtruire et crer, dtruire et crer, dans un cycle infini. Toute lhistoire de lhumanit, rsume en quelques plans. Lhomme lance los dans les airs. Plan de coupe. Il retombe, tournant cette fois dans le sens contraire, comme pour matrialiser les mouvements contradictoires par lesquels lhumanit progresse. Nouveau plan de coupe. On se retrouve dans lespace, des millnaires plus tard, bord dune station orbitale en rotation dans le vide. Tout est dit.

Relativit gnrale et physique quantique

En 1905, Albert Einstein tomba, lui aussi, sur un os. Il en tira la relativit restreinte, puis la relativit gnrale en 1915. Cet os changea le monde. Jusque-l, ce sont les thories dIsaac Newton qui permettaient dexpliquer la gravitation, perue comme une force universelle dont la gravitation terrestre tait la dmonstration la plus probante. Do la fameuse histoire de la pomme de Newton : un jour, alors quil rflchissait au pied dun arbre, Newton reut sur la tte une pomme. Le destin, une fois de plus, avait frapp : Newton en dduisit aussitt quune force tait responsable de ce phnomne et se lana dans une srie de calculs et de dductions logiques afin den percer le secret. Si lon se sert encore de ses conclusions pour lancer des satellites et calculer la trajectoire des avions, sa thorie comporte nanmoins des lacunes quil tait ncessaire de combler pour expliquer des phnomnes cosmiques plus large chelle qui demeureraient incomprhensibles autrement. Cest ce que fit Einstein. En effet, pour faire simple et parce que je ne suis pas de formation scientifique, la thorie de la gravitation universelle propose par Newton supposait que les valeurs de lespace et du temps fussent absolues. Cest grce la prcision des calculs issus de cette thorie que Neptune, dont la prsence tait ncessaire pour expliquer lorbite uranienne, avait t dcouverte en 1846 par John Couch Adams et Urbain le Verrier. Nanmoins, la gravitation newtonienne, pour efficace quelle se rvlt dcrire la ralit des phnomnes observs, finit par montrer ses limites et le mystre de lellipse mercurienne, entre autres, demeurait entier. Einstein apporta donc sa pierre difiante ldifice : selon lui, la gravitation courbait lespace-temps, dsormais conu comme une seule entit, le rendant relatif la masse ainsi quaux conditions dobservation. Cette approche innovante permit de rendre enfin compte de la dviation des rayons lumineux par les corps imposants, de prdire lexistence des trous noirs et dexpliquer la trajectoire trange de Mercure autour du Soleil, dont la gravitation newtonienne ne fournissait quun calcul approximatif. Avec sa thorie de la relativit gnrale, Albert Einstein obtenait un portrait relativement cest l le mot juste prcis du comportement de lunivers lchelle macroscopique. Le mouvement des astres trouvait son explication mathmatique, la lumire constituait une limite absolue sur le plan de la vitesse de transmission dune information (les photons voyagent prs de 300 000 km/s) et le temps et lespace devenaient, comme nous lavons dit, relatifs. Un exemple frappant : le paradoxe des jumeaux. Si lon envoyait dans lespace, pour un aller-retour une vitesse proche de celle de la lumire, un homme dont le jumeau resterait sur Terre, ce dernier serait, au retour de son frre, thoriquement plus vieux de quelques secondes, le temps stant coul, de son point de vue, moins vite que dans la fuse, du fait dun changement de rfrentiel. Cependant, le jumeau parti pourrait galement croire que cest son frre, qui a vieilli moins vite, en considrant que ce nest pas la fuse, qui tait en mouvement, mais la Terre. On le voit, tout est une question de point de vue. Nen va-t-il pas de mme, au fond, des vnements, dont linterprtation change en fonction de notre implication, selon que nous y participons directement, les subissons, les observons de lextrieur ou nen lisons quun bref rsum dans un article de journal ?

En ce qui me concerne, jai tendance considrer le temps et lespace comme inexistants en tant que tels. Pour tre plus prcis, je pense quils sont consubstantiels la matire et rsultent de la prsence de cette dernire, autrement dit de son existence, et de la capacit que nous avons denregistrer ses changements dtats successifs dans notre mmoire et den mesurer ltendue par des moyens matriels et mathmatiques. Pour sen convaincre, il suffit de jeter un il la faon dont nous effectuons nos mesures : pour le temps, il nous faut consommer de lnergie (des piles, par exemple) et du mouvement (les aiguilles dune montre, le soleil autour de la Terre ou bien encore le mouvement des lectrons dans le cas des horloges atomiques) ; pour lespace, on peut tout simplement utiliser une portion de matire (une rgle, un mtre ou tout autre objet dont la longueur sert de rfrence par comparaison avec ce qui est mesur). Le temps (qui nexiste que dans notre mmoire en ce que nous sommes capables de reconstituer par cette dernire les tats prcdents de la matire et den dduire les tats futurs) et lespace (qui nest jamais quune manifestation tridimensionnelle de la matire en tant quinformation interprte par le cerveau) sont par consquents selon moi des attributs de la matire en mouvement tels que perus par nous autres les humains.

Cette parenthse close, nous pouvons revenir la relativit gnrale, qui semblait lpoque apporter bien des rponses et bien des solutions aux problmes rencontrs par la communaut scientifique. Ctait cependant sans compter lavnement de la physique quantique, auquel Einstein contribua sans pour autant parvenir unifier les deux thories. Ce sera le drame de sa vie. Pour le comprendre, attardons-nous quelques instants sur ce quest en substance la physique quantique. Complmentaire la relativit gnrale, celle-ci propose une reprsentation de la matire lchelle microscopique et remplace la physique classique dans llucidation des proprits de latome, des particules et du rayonnement lectromagntique, dont la lumire ne constitue que la partie visible. Et puisque nous parlons de la lumire, la physique quantique initie par Max Planck prsente lavantage non ngligeable de pouvoir rpondre la question de sa nature. Est-elle ondulatoire ou bien corpusculaire ? Eh bien, elle nest ni vraiment lun, ni vraiment lautre, bien quelle puisse prsenter des caractristiques propres aux deux, comme en tmoigne lexprience des fentes de Young : si lon fait traverser la lumire une surface perce de deux fentes trs rapproches pour les envoyer sur une plaque photographique, une figure dinterfrence traits multiples apparat, ce qui semble confirmer la nature ondulatoire de la lumire ; hlas, reproduire lexprience en envoyant les photons un par un finit par faire apparatre la mme figure partir dimpacts isols successifs, ce qui prouve que la lumire se comporte la fois de manire ondulatoire et de manire corpusculaire et ne nous dit rien, en ralit, de sa nature vritable.

Et voil tout le problme de la physique dite des quanta. Quand la relativit repose sur un systme dans lensemble plutt stable et rgulier, la physique quantique, elle, semble avoir pour base une instabilit des plus dstabilisantes : dun ct, il y a la dualit onde-particule, dont la lumire est un parfait exemple, et de lautre, le principe dincertitude ou dindtermination de Heisenberg, selon lequel il est impossible dobtenir simultanment la mesure de deux grandes valeurs conjointes, si bien quon ne peut connatre avec prcision la position dune particule si lon en connat la vitesse, et inversement. De plus, le phnomne de rduction du paquet donde impliquait la modification de ltat dun systme quantique par lobservation. Pour le dmontrer, Erwin Schrdinger utilisa une bote. Il plaa dans celle-ci un flacon de gaz mortel, une source radioactive, un compteur Geiger et un chat. Le compteur, la dtection dun certain seuil de radiation, provoquait louverture du flacon, qui a son tour devait entraner la mort du chat. Sans ouvrir la bote, on ne pouvait nanmoins savoir si le chat tait mort ou vivant. Il tait donc la fois mort et vivant, et seule louverture permettait de lui attribuer un tat plutt quun autre. La ralit telle que nous la concevions tait de la sorte srieusement remise en question. Ceci sans compter la possibilit de voir certaines mesures donner des rsultats alatoires et lintrication quantique (ou non-localit), qui supposait que deux particules pussent tre intriques et, par l, que lobservation dune proprit quantique sur un seul des deux corps dtermint en apparence automatiquement et simultanment la valeur de cette proprit chez lautre, et ce quels que fussent le temps et lespace qui les sparaient. Cela contredisait ou semblait contredire allgrement lide dEinstein selon laquelle rien ne pouvait aller plus vite que la lumire mais galement les lois de la causalit.

Pour le pre de la relativit gnrale, tout cela posait fondamentalement problme. On lui doit notamment la clbre exclamation : Mais enfin, Dieu ne joue pas aux ds avec lunivers ! . Richard Feynman, qui devait plus tard donner ses lettres de noblesse la mcanique quantique, dira : Je crois pouvoir affirmer que personne ne comprend vraiment la physique quantique . Aujourdhui encore, les scientifiques cherchent sans rel succs unir physique quantique et relativit gnrale, dans le but dtablir les principes dune thorie de la gravitation quantique. En attendant ce jour, il parat vident que les dcouvertes apportes par les deux thories peuvent nous aider dans notre rflexion, ce que je ne suis pas le premier avoir pens, loin sen faut.

Jung et Pauli

Lorsque Jung, inspir par des conversations quil eut plus jeune avec Albert Einstein, emprunta le chemin vertigineux des vnements synchronistiques, il ne le fit pas seul. Cest accompagn dun certain Wolfgang Ernest Pauli, physicien de renom qui recevra le prix Nobel de physique pour sa contribution la mcanique quantique en 1945 et qui tait au dpart venu consulter le clbre psychanalyste afin dexorciser ses dmons, combattre son alcoolisme et trouver ses rves rcurrents une explication satisfaisante, quil naviguerait dans les eaux troubles des concidences significatives. Ctait en 1931. Dbut dune longue amiti, dont natrait, bien plus tard, le concept que nous abordons dans ces lignes. Le but des deux hommes consisterait dcouvrir le lien fondamental entre lme et la nature ou, pour le dire en des mots plus savants, entre physis et psych. Une fois nest pas coutume, il sagissait avant tout, pour lun comme pour lautre, dune intuition ne de leur curiosit, de leur exprience et de leur instinct. Leur rencontre, lvidence, navait rien non plus dun hasard fortuit. De leurs changes rpts et de leurs rflexions croises natrait en 1952 un livre intitul The Interpretation of Nature and the Psyche, le premier lment du titre supposant que tout, en lhomme comme en dehors de lui, fasse sens.

Wolfgang Pauli avait plusieurs raisons de sintresser aux phnomnes de synchronicit. La premire tait tout la fois personnelle et professionnelle : en tant quminent chercheur, ntait-il pas ironique en effet de voir en sa prsence tout appareil de mesure se mettre faire nimporte quoi, donner des rsultats improbables ou bien tout simplement tomber en panne ? Ctait l ce que ses amis appelaient leffet Pauli . Lun de ses collgues, excd, finit par lui interdire laccs de son laboratoire. La rcurrence de ces dsagrments excluait de fait lide mme de concidence. Quant la seconde raison, plus srieuse a priori, nous en avons dj parl : Pauli stant spcialis dans ltude des quanta, ce dernier ne manqua pas de sinterroger sur la question du hasard et, plus exactement, de ces hasards bizarres qui donnaient au monde son ordre partir du chaos. Linfiniment petit, rgi par des probabilits, donnait corps linfiniment grand, dtermin par des lois immuables. Ces deux ralits, tout comme les deux thories qui les dcrivaient, paraissaient inconciliables. Se pouvait-il que la synchronicit en ft le chanon manquant ? Ce ntait pas improbable. En tout cas, a valait le coup de se risquer des raisonnements mtaphysiques aux allures sotriques. Jung, de par ses comptences dans le domaine de la psych, possdait lautre partie des connaissances ncessaire lunion du physique et du psychique. Aucun des deux hommes ne se ridiculisa dans cette entreprise.

Elle navait, de toute faon, rien de ridicule. Comme nous lavons expliqu, la physique quantique repose sur des statistiques probabilistes. De plus, ainsi que la montr lexprience du chat de Schrdinger, cest lobservation qui fait merger une probabilit plutt quune autre et la rend de la sorte relle. Dans ce cas, nest-il pas envisageable, voire logique, que lunivers tout entier soit en quelque sorte modifi de la mme manire par notre seule prsence ? Un systme quantique dtermin par un certain nombre de facteurs, dont la perception, la pense, la volont ? Le cerveau, ce formidable instrument de mesure, de calcul, de mmorisation, de compilation et dinterprtation, fonctionne, au niveau neuronal, lchelle quantique. Ne se peut-il pas quil soit, comme peut ltre une particule, intriqu avec, pourquoi pas, les lments qui constituent le cosmos dans son ensemble ? Impossible de le savoir pour linstant. Impossible, mais pas impensable. Toutes ces ides sonnaient le glas du dterminisme prn depuis deux sicles par des hommes avides de certitudes rassurantes. Au dix-neuvime sicle, Schopenhauer avanait, dans son Essai sur le libre arbitre, que nos choix taient entirement dtermins par notre exprience, celle-ci tant elle-mme conditionne, faonne par notre environnement, nos relations avec les autres et nombre de circonstances objectives dont nous navions plus ncessairement conscience. On pourrait y voir, dune certaine manire, lorigine du raisonnement psychanalytique. Il tait donc normal que Jung, llve de Freud, mt un terme cette forme de fatalisme en redonnant lhomme sa qualit dtre.

Interfrences cosmiques

Lorsque le rel se met fonctionner de faon symbolique et se synchronise plus ou moins avec dautres vnements ou des tats psychologiques sans lien de causalit apparent, sinon celui du sens, et quon peut ds lors lanalyser comme on analyserait un livre, un film ou bien encore une bande dessine, voil lessence de la synchronicit. A la fin du dix-neuvime sicle, le philosophe Arthur Schopenhauer y voyait un phnomne inexpliqu, certes, mais non pas un phnomne inexplicable. Selon lui, dans un monde rgi par la relation de causalit mais dont la cause initiale est unique, il tait logique que tout ft reli dune manire ou dune autre, un peu comme les mridiens autour de la Terre, qui sont parallles et finissent toujours par se rejoindre. En dautres termes, la synchronicit navait pour lui rien dacausal a priori. Cela nest pas sans rappeler la thorisation du destin par les Grecs dans lAntiquit, qui voyaient dans les coups du sort en apparence injustifis la marque dune logique sous-jacente, dune maldiction dorigine divine. Les dieux, ne percevant pas le temps dans son coulement mais dans sa totalit, pouvaient le percer en un point comme il est possible de percer plusieurs pages relies les unes aux autres dun seul coup daiguille avant de les dplier. Lhomme, son niveau, ne percevant pas le lien entre les trous , trouve parfois ce qui lui arrive illogique injuste , ce qui nempche pas quils aient la mme origine et fassent sens une fois mis en corrlation. Ces deux visions ont le mrite de proposer une explication plus ou moins causale, et donc plus ou moins rationnelle, lobjet de la prsente tude.

Je postule, pour ma part, la possibilit dinterfrences cosmiques au sein dun change constant dinformations entre lhomme et lunivers. A la radio comme la tlvision du temps du tube cathodique et des antennes, deux chanes ou deux stations peuvent parfois se superposer du fait de mauvais rglages ou dune rception dfectueuse. Il arrive galement quune interfrence dun genre un tantinet spcial vienne perturber nos coutes radiophoniques. Ce que lon entend alors nest autre que le bruit qumet le fond diffus cosmologique depuis les confins de lunivers un vestige de temps immmoriaux. Ceux de la naissance de lespace et du temps, de la matire, des toiles et des galaxies, dont le Big Bang fut lorigine. Si lon admet que tout au sein du cosmos nest quinformation, et que cette information est transmise diffrentes frquences en fonction de la nature de ce quelle transmet, il est possible quun phnomne du mme ordre, une forme dinterfrence informationnelle, se produise lors de ce que nous qualifions dvnements synchronistiques. Apparitions, prmonitions, vies antrieures, visions et autres concidences prendraient ds lors un sens purement rationnel, en dpit de leur aspect surnaturel et purement irrationnel du point de vue des sciences.

Peut-tre est-ce l ce qui se produisit lorsque deux touristes anglaises, Eleanor Frances Jourdain et Charlotte Anne Moberly, dcidrent, en 1901, daller se promener du ct du Petit Trianon. Progressivement, peut-tre sous leffet de la chaleur et de lorage, les deux amies sentirent monter en elles une angoisse indicible mesure quelles senfonaient dans les jardins. Bientt, des personnages saugrenus apparatraient chacune afin de leur indiquer le chemin, de les avertir du danger quil y avait rester en ce lieux ou bien, au contraire, de les accueillir chaleureusement. Quant au dcor, il navait pas grand-chose voir avec le Petit Trianon du dbut du vingtime sicle. Mais cela, les Anglaises ne le dcouvriraient que bien plus tard. En tchant de se remmorer cette journe, Eleanor et Charlotte se rendirent compte de ce quelles navaient pas vu les mmes personnages mais que tous semblaient venir dune autre poque des hommes portant le tricorne, une dessinatrice aux allures de Marie-Antoinette, un pauvre hre au visage vrol, un gentilhomme vtu dune cape noire et dun chapeau larges bords , tout comme le pavillon chinois et la charrue, qui nexistaient plus en 1901. Les deux femmes avaient-elles voyag dans le temps jusquen 1789 ? Avaient-elles crois des fantmes ? Ou bien sagissait-il dune hallucination des plus labores ? Une chose tait certaine : elles avaient eu une vision. Aprs de nombreuses recherches, elles finirent par publier en 1911 et sous pseudonyme le rcit de leur petite excursion dans un livre intitul An Adventure. Du srieux de leur dmarche, nul ne douta, et ce dautant plus quelles navaient pas la rputation de produire ce genre de canular pour se rendre intressantes. Le choix du pseudonyme avait dailleurs pour but de ne pas leur nuire et leur vritable identit ne fut rvle quaprs leur mort. Elles ntaient pas les premires voir des choses tranges au Trianon. Bien des hypothses furent mises, mais aucune ntait satisfaisante. Pour irrationnelle que ft leur analyse surnaturelle de lvnement, cest encore elle qui, de nos jours, convainc le plus. Si, de mon ct, jaccorde assez peu de crdit ce genre dhistoire, cela ne mempche pas de rester ouvert la possibilit de leur vracit. Quoi quil en soit, ce type de visite ou de vision correspond lide que je me fais de mon principe dinterfrence .

Les rves prmonitoires en seraient une autre occurrence. Il y a peu, dans la nuit du 20 dcembre 2016, je rvai dune attaque terroriste dans un centre commercial. Le matin, ma conjointe sortit de notre chambre la mine dconfite, aprs avoir pass quelque temps sur son tlphone portable : en Allemagne, des terroristes venaient de sen prendre au march de Nol de Berlin, Breitscheidplatz. Bilan : 12 morts et 50 blesss. Je nen croyais pas mes oreilles. Ctait dautant plus bizarre que jtais en pleine rdaction du prsent article peut-tre serait-il dailleurs plus judicieux de parler dessai, dsormais. Prcisons au passage quil marrive rarement davoir ce genre de pressentiment. Le prcdent datait de mes annes dtudes. Je devais partir avec une amie dans le sud au cours de lt. Dans un cauchemar, je vis une grande roue tomber dans la mer, causant nombre de morts. Une fois Vias, le groupe damis avec lequel nous tions partis proposa de nous rendre dans un parc dattractions. Pris dun malaise, je refusai obstinment de monter sur les manges. Fort heureusement, rien ne se produisit. Nanmoins, peu de temps aprs notre retour, il y eut bel et bien un accident assez grave dans le parc o nous tions alls. Je ne me rappelle malheureusement plus les dtails mais continue de men tonner.

Jung, dans son essai sur la synchronicit, relate des faits tout aussi surprenants. Le premier, devenu clbre, lui vient dune exprience personnelle. Au cours dune sance de psychanalyse avec une patiente qui ne parvenait pas combattre le mal qui la rongeait, cette dernire lui conta sa dernire excursion dans le monde des rves. La nuit prcdente, un scarabe lui avait rendu visite en songe. Elle ne comprenait pas le sens de ce symbole, que Jung, lui, associa sans mal au scarabe de lEgypte antique, qui symbolisait la renaissance. Alors que la patiente venait de terminer son rcit, des tapotements sonores se firent entendre la fentre. Jung ouvrit et vit un insecte dont lespce lui tait familire, bien quil ft rare de les voir saventurer en pareils lieux. Se retournant vers la femme, il annona, tout aussi surpris quelle : Eh bien le voil, votre scarabe ! . Nous avons tous vcu des moments de ce genre, sans nous les expliquer : pensant quelquun, vous vous apprtez dcrocher le tlphone pour lappeler quand, soudain, la sonnerie retentit lautre bout du fil, la personne en question

Le deuxime exemple donn par Jung pour illustrer son propos semble encore plus improbable. Il sagit cette fois dune synchronicit tragique, vcue voire subie par lpouse de lun de ses patients. Au cours dune conversation, cette dernire lui avait confi qu la mort de sa mre et de sa grand-mre, un grand nombre doiseaux staient poss et, pourrait-on dire, posts aux fentres de la chambre mortuaire. Lorsquil estima que la nvrose de son mari pouvait tre considre comme gurie, Jung remarqua chez lui les symptmes dune maladie cardiaque, pour laquelle il lenvoya consulter un spcialiste. Son collgue le dclara sain mais, sur le chemin du retour, le patient seffondra soudain dans la rue. Quand il fut ramen chez lui mourant, sa femme tait dj trs anxieuse. Elle avait vu, peu aprs le dpart de son mari, tout un essaim doiseaux se poser sur sa maison. Deux fois, cest une concidence. Trois fois, cest une loi. Ces oiseaux de mauvais augure auguraient en ralit de bien plus quun simple dcs. Ctait, pour Jung, la preuve que quelque chose se tramait en dehors de lespace-temps. Quelque chose de plus profond, qui faisait dune apparition des plus anodines un symbole fort, intelligible, universel (du fait des archtypes jungiens, sur lesquels nous ne nous attarderons pas ici). Plus trangement encore, le jeu des concidences avait permis cette femme de voir dans la prsence de ces volatiles un mauvais prsage. En dautres termes, elle avait donc eu ce quon appelle une prmonition.

La loi des sries

Cette histoire nous mne un autre type de synchronicit, ou plutt ce qui permit son mergence dans lesprit de Jung et dont Paul Kammerer, biologiste et zoologiste autrichien, fut le premier thoricien : jai nomm la loi des sries. Nous connaissons tous aujourdhui cette expression, depuis entre dans le langage courant. Nanmoins, nous lemployons souvent pour exprimer le sentiment dinquitante tranget que gnrent certains concours de circonstances dont nous ne saisissons pas la profondeur intrinsque. En 1919, dans son livre intitul Das Gesetz der Serie. Eine Lehre von den Wiederholungen im Lebens- und Weltgeschehen (La loi des sries. Ce que nous enseignent les rptitions dans les vnements de la vie et du monde), Kammerer dfinissait ainsi sa loi : il sagit de la rcurrence rgulire de faits ou d'vnements identiques ou semblables, rcurrence ou assemblage dans le temps ou dans l'espace telle que les membres individuels de la squence autant que l'analyse srieuse permette d'en juger ne sont pas relis par la mme cause active. Et lauteur de citer un grand nombre de ces sries, dappuyer ses arguments par des statistiques et de conclure : Nous avons tabli que la somme des faits exclut tout hasard ou fait si bien du hasard une rgle que cette notion mme semble disparatre. En cela nous arrivons au cur de notre pense : en mme temps que la causalit, un principe acausal agit dans l'univers. Ce principe influe slectivement sur la forme et sur la fonction pour joindre dans l'espace et dans le temps les configurations apparentes ; et cela dpend de la parent et de la ressemblance. Einstein ne trouvait rien redire cette thorie. Jung sen inspira, sans tre totalement convaincu pour autant. En voici quelques exemples parlants :

Le 18 septembre 1916, la femme de Kammerer, attendant son tour dans la salle d'attente du docteur J.V.H., parcourt la revue Die Kunst : elle est impressionne par les reproductions des tableaux d'un peintre nomm Schwalbach et se dit qu'elle doit se rappeler ce nom parce qu'elle aimerait voir les originaux. ce moment, la porte s'ouvre, et la rceptionniste appelle : "On demande Mme Schwalbach au tlphone." (Fait surprenant : le soir de la rdaction de ces dernires lignes, jai regard un film dans lequel jouait lactrice Jennifer Schwalbach.)

Le 23 juillet 1915, Kammerer lui-mme fait l'exprience de la srie progressive suivante : sa femme lit les aventures de "Mme de Rohan", personnage d'un roman de Hermann Bang intitul Michael ; dans le tramway elle voit un homme qui ressemble son ami, le prince Joseph Rohan ; le soir le prince Rohan leur rend visite l'improviste. Plus tard, dans le tram, elle entend quelqu'un demander au pseudo-Rohan s'il connat le village de Weissenbach-Sur-Attersee et si ce serait un endroit agrable pour les vacances. En descendant du tram elle entre dans une charcuterie du Naschmarkt, o le vendeur lui demande si par hasard elle connat Weissenbach-Sur-Attersee : il doit y expdier un colis et n'est pas sr de l'adresse.

Enfin, le 17 mai 1917, Kammerer et sa femme taient invits chez les Schreker. En chemin, le biologiste achte sa femme des bonbons au chocolat dans une confiserie devant la gare de Htteldorf-Hacking. Une fois arrivs, Schreker leur joue son nouvel opra, Die Gezeichneten, dont le rle fminin principal porte le nom de CARLOTTA. Revenus la maison, le couple vide le petit sac contenant les bonbons ; l'un d'eux porte l'inscription CARLOTTA.

Objections

Lobjection que lon pourrait mettre lencontre de cette thorie, cest que la loi des sries, en elle-mme, ne prouve rien. Il ne sagit en effet nullement dune loi, lexception statistique servant ici de rgle. Quand on tire les ds, rien nexclut, rationnellement parlant, que lon puisse obtenir plusieurs fois de suite le mme rsultat. Ce qui nous parat trange, au cours de telles successions de concidences, cest que, justement, le monde se met rsonner avec lui-mme il se rpte et, de la sorte, fait sens grce au jeu des chos, comme sil sauto-citait. Or, dans ce cas prcis, cest lobservateur humain, qui donne ces sries un statut particulier dans lagencement en apparence chaotique de son quotidien. Il y a donc une composante minemment psychologique dans ces observations. Rappelons toutefois quen dpit de laspect purement alatoire de lunivers lchelle quantique, ce dernier nen apparat pas moins, au niveau macroscopique, comme tant tout fait ordonn. De l, nous pouvons dduire que le hasard ou chaos est programm pour gnrer de lordre. Or, qui dit ordre, dit logique. Et qui dit logique, dit sens. Ce que nous appelons hasard, en ralit, nest rien dautre que ce dont nous ne parvenons pas expliquer la cohrence, faute de connaissances et dinformations. Ce nest cependant pas parce que des donnes nous chappent que ces donnes nexistent pas. Preuve en sont les statistiques, qui permettent dvaluer les probabilits que tel ou tel vnement se produise. Si le chaos restait ce quil semble tre, alors il nous serait impossible den prdire statistiquement la matrialisation.

Cela dit, nous ne pouvons pas ne pas prendre en compte ce que les psychologues appellent aujourdhui lattente excessive dtalement. Lhomme a lintuition du hasard. Mais son instinct, comme cela peut arriver parfois, le trompe. En tant quenseignant, jen ai souvent t le tmoin : par exemple, alors que nous pourrions nous attendre retrouver, dans des classes de trente lves, des profils psychologiques rpartis de manire quitable, il nest pas rare de retrouver, runis dans un mme groupe, un grand nombre dlves problmes, alors quon sattendrait nen avoir quun ou deux, en complment de lcrasante majorit denfants peu prs quilibrs, de rares psychopathes, schizophrnes, surdous et autres profils peu courants (1 3% de la population). Plus parlant encore, les dates de naissance. Ce qui est rare, dans une classe, cest davoir des lves en nombre similaire ns les douze mois de lanne. Par consquent, il manque souvent un ou deux mois parmi les dates, ce qui est contre-intuitif : notre conception errone du hasard nous pousse croire que les chiffres devraient tre rpartis de manire quitable, do lattente excessive dtalement, ce qui est rarement le cas. Le hasard nest pas quiprobable, ce qui nempche pas lhomme dadopter, dans la vie courante, un biais dquiprobabilit, qui le pousse trouver tranges les groupements rapprochs de concidences. Cest probablement la raison pour laquelle Jung regardait la loi des sries de Kammerer avec circonspection. En revanche, il naurait certainement pas mis les rves prmonitoires sur le compte des statistiques, comme le font certains tenants de lexplication par lattente excessive dtalement. Les rves ne sont en aucune manire une question de probabilit.

Pour Jung, ce qui importait, ctait la correspondance entre ltat psychique dune personne et ce qui se produisait objectivement dans sa vie. La loi des sries revtait donc ses yeux un caractre anecdotique, intressant en soi mais sans relle implication dans le phnomne quil essayait de dcrire avec laide de Wolfgang Pauli. Dailleurs, il ne voyait pas non plus dans les correspondances entre les noms de famille et les mtiers exercs par les personnes qui le portent autre chose quune compulsion du nom , cest--dire une tendance naturelle et toute psychologique se conformer son patronyme. Ainsi, cest sans surprise que lon rencontrera des ptissiers sappelant M. Boulanger, des Mme Lehrerer enseignantes ou des M. Gros obses (ce nest pas un mtier, mais il y a bien l une concidence pour le moins ironique). Rcemment, un certain M. Trump ( trompe ) tait encore le prsident du parti des Elphants, aux Etats-Unis, avant de devenir Prsident tout court ; dans les annes 1980, M. Bill Gates ( portes ou portails ) dveloppa lexplorateur Windows ( fentres ) ; enfin, lune de mes institutrices, en CE1, sappelait Mrs Bell ( cloche ), ce quelle tait, sans compter la rfrence manifeste la sonnerie stridente des temps de rcration. Tout cela reste bien amusant mais ne va, semble-t-il, pas plus loin.

L'erreur de Jung

Afin de prouver et dprouver ses dires en adoptant une mthode plus scientifique, Jung tenta de mener une exprience en rapport avec lastrologie, plus quantifiable selon lui, puisque les statistiques (encore elles) pourraient dans ce cas prcis servir ses desseins. Son but tait de vrifier laffirmation selon laquelle beaucoup de mariages supposent une compatibilit conjugale base sur une conjonction du soleil et de la lune. Autant le dire tout de suite, ne prtant que peu dintrt lastrologie, et ce bien que jaie pu constater mon attirance irrmdiable pour les femmes du signe de la Vierge et, dans une moindre mesure, du Taureau, du Lion et du Verseau (une chance sur trois de tomber sur lun de ces signes, donc, ce qui rend le phnomne extrmement probable), jai commenc douter du srieux de Jung. Ses rsultats, nanmoins, savrrent convaincants. La premire fois, tout du moins : sur 180 personnes, un nombre lev de couples prsentait cette conjonction (plus de 10%, soit le pourcentage le plus lev de la slection). Le clbre psychiatre, qui travaillait alors en troite collaboration avec diffrents spcialistes, dont Markus Fierz, un statisticien, ritra lopration sur dautres couples, les rsultats demeurant tout aussi peu probants. 10%, cela restait dans le domaine du possible, bien que ce ft suffisamment lev pour quon en prt acte. Aprs dautres tests aux rsultats moins significatifs, Jung dut se rendre lvidence : les prdictions de lastrologie, bien que souvent fiables en raison du flou qui les caractrise, navaient rien de pertinent. Demeurait la question des chiffres levs relevs par Jung. Ce dernier finit par proposer une explication des plus inattendues, en sappuyant sur les travaux remarquables de Joseph Banks Rhine en parapsychologie dans le domaine des perceptions extra-sensorielles (PES) et de la psychokinsie (PK).

Encore une fois, jmets de profondes rserves sur ce qui suit et vous montrerai, par la suite, pourquoi Jung faisait probablement fausse route, sans pour autant remettre en question la ralit des phnomnes de synchronicit, qui, eux, sont observables bien que non-reproductibles cela excluant, de fait, toute exprimentation scientifique. Mais revenons aux travaux de Rhine. Celui-ci prtendait dmontrer le pouvoir de la pense par des tests depuis entrs dans la culture populaire par le truchement du film S.O.S. Fantmes (1984, Ivan Reitman). Au dbut de la clbre comdie fantastique, Bill Murray forait des sujets devenir des symboles alatoires dessins sur une srie de cartes en leur envoyant des dcharges lectriques afin daugmenter leur potentiel psychique. En ralit, Rhine utilisait bien les mmes cartes, les cartes de Zener, mais ninfligea fort heureusement pas de svices corporels aux volontaires. Appuyant, une fois nest pas coutume, son tude sur des calculs statistiques, le botaniste devenu parapsychologue soumit un grand nombre dindividus des tests de divination, en faisant varier la distance et le temps qui sparaient les sujets des exprimentateurs. Concluants au dpart, les rsultats, au bout dun certain temps et dun certain nombre de candidats finissaient par redevenir acceptables dun point de vue rationnel (un candidat tait nanmoins parvenu deviner les 25 cartes prsentes). Impossible, par consquent, de prouver quoi que ce ft. Nabandonnant pas facilement, Rhine mit une hypothse : la croyance au phnomne et lintrt port lexprience jouaient un rle prpondrant dans lobservation. Au dpart, les sujets, enthousiasms par le projet, focalisaient par consquent toute leur attention sur les cartes qui leur taient montres de dos, se facilitant ainsi la divination dicelles. Par la suite, leur intrt dcroissant avec le temps, ils finissaient par se laisser dconcentrer, faisant de la sorte retomber les rsultats dans le domaine du prvisible et du connu. Si lon y rflchit bien, il est parfaitement impossible de dmontrer la vracit ou non de lexplication quavanait Rhine.

Cela nempcha pas pour autant Jung den concevoir la validit. Mieux, ce dernier sen servit pour y trouver la raison de ses fluctuations statistiques dans lexprience des couples maris. Stipulant que lobservateur, en loccurrence lui-mme, pouvait induire, par son engouement, ses attentes excessives et sa curiosit naturelle, une modification synchronistique des rsultats, il en dduisit quil tait lui-mme la source des excellents rsultats concernant la premire salve de couples, tandis que son intrt dcroissant avait cess davoir le moindre effet sur ses observations par la suite. Une fois de plus, il demeure clairement difficile de confirmer ou dinfirmer son hypothse. Le problme vient certainement du prsuppos jamais explicit de Jung : la synchronicit rvlerait, au cours de certaines occurrences, le pouvoir de la pense sur le monde.

Cest l lerreur (relative) de Jung : vouloir tout prix prouver lexistence de lme et de ses capacits insouponnes. Nous sommes ici confronts une forme de pense magique o des liens acausaux, soudain devenus causaux, permettraient dinfluer sur le monde rel par la volont, la pense, consciente ou inconsciente, et limaginaire. Pourquoi pas. Nous nen avons cependant pas la moindre preuve et tout ce que cela prouve, en dfinitive, est le pouvoir du cerveau humain trouver des explications tout, mme invraisemblables, afin de ne jamais laisser le moindre aspect de son environnement dans lombre. Il serait plus simple de supposer un lien de nature physique entre les lments dont lunivers et le cerveau sont composs, un lien qui, comme dans le cas de lintrication quantique, se situerait comme en dehors de lespace et du temps, et ne serait ainsi pas soumis aux lois de la causalit. Que tout soit connect de manire provoquer les phnomnes dont nous traitons dans le prsent essai, ds lors, devient envisageable, sans avoir pour autant recours des explications magiques. La synchronicit, en dpit de son aspect minemment transcendantal, ne prouve ainsi ni lexistence de lme, ou du moins son intemporalit, ni, par l, son immortalit, de mme quelle ne prsuppose pas la possibilit dun au-del, si ce nest dun au-del de la matire, peut-tre informationnel, un monde des ides dont nous ne percevrions que les ombres portes sur les murs dune caverne, ainsi que le supposait et le proposait Platon. Le mystre demeure entier, engendrant au passage son lot de peurs et despoirs. Comme toujours, lhomme y pourra voir ce quil veut, ce quil dsire et ce quil craint, autant de reflets de sa propre rflexion projet dans cet univers-miroir qui le renvoie toujours de lui-mme lui-mme.

Tout est un

Car, pour lhomme, tout est dans tout. Voil pourquoi, jusqu lavnement des sciences modernes, la thorie mdivale des correspondances prvalait dans tous les esprits. Cette dernire voyait dans lunivers une uniformit totale, logique, esthtique et smantique (quivalence du beau, du bien et du vrai), o lon pouvait retrouver dans chacun des lments dont tait compos le monde, le monde lui-mme. Lalchimie, qui fascinait Jung, prtendait ainsi transformer tout type de mtal en or par le biais de la pierre philosophale. La posie, par ses mtaphores, ses comparaisons et ses oxymores, tend galement nous montrer les correspondances tablies par nos sens entre les diffrents objets de la nature que nous observons, si bien que ressemblances et dissemblances finissent par former un tout cohrent. La science, aujourdhui encore, stonne de retrouver tant de similarits entre linfiniment petit et linfiniment grand. Les atomes, avec leurs protons et leurs neutrons aurols dun nuage dlectrons, rappellent trangement la danse des plantes autour du soleil, dans une version plus chaotique, et des soleils autour du trou noir qui se trouve au centre de notre galaxie, les galaxies elles-mmes se livrant au jeu de la farandole cosmique en un ballet sans fin de rotations ininterrompues. Comme le disait Herms Trismgiste en son temps (quelque part entre les deuxime et quatrime sicles av. J.-C.) dans sa table dmeraude, Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut : & ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose.

En substance, lastrophysicien Hubert Reeves ne dit pas autre chose dans son introduction louvrage collectif intitul La Synchronicit, lme et la science (un livre fort instructif mais de qualit ingale). Tout dabord, il prend la peine de nous rappeler quil existe bel et bien des phnomnes physiques observables dont le fonctionnement semble partiellement acausal. Cest le cas de la radioactivit : surchargs en protons, les atomes de plutonium se brisent individuellement au fil du temps, sans pour autant quil soit possible de connatre avec prcision le moment de cette brisure. Elle survient de manire totalement alatoire, sans cause apparente. A lchelle quantique, sobserve galement le paradoxe dEinstein-Podolsky-Rosen, dit paradoxe EPR, dont nous avons dj parl plus haut : cest ce quon appelle lintrication quantique. Lintrication de deux particules implique la possibilit de les modifier toutes deux instantanment en en altrant quune seule, et ce quelle que soit la distance qui les spare. La raison ? La localisation des proprits nest pas applicable lchelle atomique, de sorte que les proprits des particules sont en quelque sorte dilues dans lespace et linformation porte na nul besoin dtre transmise elle est partout la fois. De mme, le rayonnement fossile, dont lobservation confirme, a priori, la naissance de lunivers, autrement dit le dbut du temps et de lespace tels que nous les concevons et les percevons en tant quhomme. Au commencement tait le Big Bang. Le rayonnement fossile en est la trace. Un problme se pose, cependant : lobservation dudit rayonnement montre que la temprature est la mme partout. Comment cela se peut-il ? Comment des atomes aussi loigns les uns des autres ont-ils pu saccorder de la sorte ? Tout se passe comme si, partout dans lunivers, ils staient mis et continuent de se mettre daccord pour obir aux mmes lois, sans avoir jamais t en contact les uns avec les autres. Reeves utilise enfin le pendule de Foucault pour illustrer plus concrtement son propos : ce pendule assez lourd, une fois lanc, peut osciller pendant des heures en suivant un plan doscillation lui-mme en rotation autour de laxe vertical. Lance en direction dune galaxie prcise, le pendule conserve trangement lorientation de cette dernire dans son plan dorientation, ignorant au passage la prsence, combien plus proche, de la plante Terre et sa gravitation propre. Lastrophysicien se demande si, au fond, tout ne sexpliquerait pas par une forme domniprsence et de non-sparabilit de la matire. Tout est dans tout parce que tout est un. Lunicit premire de lunivers serait la source de son tonnante cohrence interne et seule lincapacit dans laquelle nous nous trouvons de pouvoir lobserver et le connatre dans sa globalit nous empche de le comprendre vritablement. Platon (encore lui) dirait certainement ici : connais-toi toi-mme . Si tout est dans tout, aprs tout, rien ne nous empche de sonder notre univers intrieur afin dy scruter le monde alentour. Si tout fait sens pour lhomme, alors il serait fort prsomptueux de stipuler labsurdit du cosmos. Quant Hubert Reeves, il est passionnant de voir un homme de science tel que lui smerveiller face lincroyable beaut du monde matriel et voir, dans les proprits mergentes de la matire (sans lesquelles nous ne serions pas ici, puisque nous serions encore de simples quarks) le signe dun dessein manifeste et, donc, dun destin.

Quon naille cependant pas croire ici que tout est jou davance. Lhomme, par son action, matrialise des potentialits, et ses actions leur tour engendrent de nouvelles potentialits, le tout tant davoir conscience que larbre des possibles pousse nos pieds. Les synchronicits peuvent tre vues, selon moi, comme des signes, des signaux dont nous ne saisissons pas toujours la pleine signification mais qui nous mettent sur la voie. Lorsque les concidences saccumulent, il importe dy prter attention. Parce que le sens que nous leur donnons, pour inconscient quil soit, nous parle, de sorte quen nous mettant lcoute du monde, nous nous mettons notre propre coute. Afin dillustrer mon propos par un dernier exemple, je mentionnerai simplement linquitude qui tait la mienne lorsque ma conjointe et moi nous sommes installs ensemble pour de bon . Je me demandais alors si javais fait les bons choix. Dans le village o nous habitons, je remarquai lors dune balade un panneau de lieu-dit, Impasse du loup . Cette impasse, quelques dizaines de mtres de chez nous, me mettait mal laise. Hasard ou non, ce panneau, mapprit ma partenaire (quel joli mot !), se trouvait sur lancienne maison de la nourrice de sa grand-mre. Jy voyais un drle de prsage, et ce dautant plus quun sentiment croissant doppression montait en moi au fil des semaines. Le point culminant fut atteint la naissance de ma fille. Avais-je fait le bon choix parmi lensemble des possibles ? Moi qui voulais tout faire, tout voir, tout connatre, javais fix dans la pierre mon avenir, petit petit, et le champ des possibilits samenuisait vue dil, comme je men tais dj fait la rflexion au dbut de mes tudes. Limpression dtre devenu le prisonnier de mes dcisions me pesait, sans pour autant me faire douter de leur bien-fond. De plus, je pense fermement quon ne peut pas regretter davoir fait des choix, mme mauvais. Ce quon peut regretter et quon regrettera sans doute, cest justement de nen avoir pas fait. Survint laffaire C. . Lorsque cette dernire (laffaire et non C.) fut enfin rsolue, je dcouvris, au cours dune autre balade avec ma conjointe (nous venions de nous rconcilier de manire durable), ma grande stupfaction, quon avait retir le panneau de limpasse. Etant conseiller municipal, je mtonnai quon ne men et pas averti. Rcemment, jai pu me renseigner sur la question : limpasse du loup est toujours limpasse du loup. Quelquun a simplement vol le panneau. Curieux. Demeure le sentiment de soulagement que jprouvai la vue de son absence. Concidence pure ou non, ce qui importe, au fond, cest linterprtation que jen fais. Celle-ci en dit en ralit plus long sur ma manire de concevoir le monde que sur le monde lui-mme et cest trs bien comme a.

Je suis un homme.

Je suis un tre.

Je suis lveil de lunivers la conscience.

Je suis.

En guise de conclusion

Le temps et lespace sont relatifs linterprtation psychologique et sensorielle que nous en faisons. Ils nont pas de ralit propre. Il en va de mme des vnements, qui peuvent revtir un sens vident pour certains et laisser totalement indiffrents les autres. Lunivers est relatif au sujet qui lobserve. Et qui dit relatif, dit relation. Nous sommes en relation directe avec le cosmos par nos sens cela, nous le savons mais galement par le sens, ce qui semble absurde aux yeux de certains. Pour moi, cest lide mme que lunivers puisse ne pas faire sens au moins de mon point de vue qui est absurde. Dire que tout est absurde est absurde parce que cest nier la capacit que nous avons dinterprter le monde et de lui donner une signification. Nous recevons de ce monde conu comme matriel des informations que notre cerveau compile et compare afin de nous en donner une vision une version, serais-je tent dcrire cohrente. On pourrait aller jusqu prtendre que, sans la prsence dun tre dou de cette capacit, lunivers nexisterait pas vraiment. Un CD quon ne met pas dans un lecteur CD nmet aucun son, ne produit aucune harmonie, ne gnre aucune sensation. Il demeure un ensemble de donnes brutes, absconses, absurdes. Nous sommes tous des lecteurs CD.

Le phnomne que nous avons dcrit ne prouve en rien lexistence dune me, la possibilit dune vie aprs la mort ou mme lorigine divine du monde. Il ne prouve dailleurs pas non plus le contraire (on relve au passage de plus en plus de rfrences Dieu chez les scientifiques minents de notre temps, les Bogdanov nhsitant pas parler, concernant le fond diffus cosmologique, du visage de Dieu , tandis que Stephen Hawking passe le plus clair de son temps mentionner le Crateur dans sa clbre Brve histoire du temps, conu chez lui comme une sorte de grand architecte). Il sagit, pour moi qui ne suis quun simple mortel pris dans un mcanisme qui le dpasse par sa grandeur et sa complexit, de la manifestation sensible de lois universelles, et donc de proprits de la matire et de lnergie, que la science, coince pour linstant dans des explications causales intrinsquement biaises, na pas encore lucides. La synchronicit lie le physique et le psychique sur le plan smantique de manire inextricable, inexplicable et, pour certains, rationnellement inconcevable, voire inacceptable, en dehors ou en de du temps et de lespace, si bien quil est difficile de savoir si le sens peru vient de lindividu qui le peroit ou des vnements dont il mane. Autrement dit, ce phnomne est, et demeurera tel tant quon nen aura pas perc le mystre, tout la fois objectif et subjectif, universel et unique, limage du chat de Schrdinger, tout la fois mort et vivant tant quon naura pas ouvert la bote. Il y a bel et bien quelque chose, dans cette bote. Mais quoi ? A dfaut de voir ce qui sy trouve, jai saisi lopportunit qui mtait prsente de la remplir de rves. Parce qutre un homme, cest a : illuminer lobscurit de sa lumire.

Le temps dune vie.

Cet essai fut rdig sur mon tout nouvel ordinateur entre le vendredi 16 dcembre 2016 et le vendredi 13 janvier 2017. Il est le fruit de nombreuses annes de rflexion, de lectures diverses et de visionnages intempestifs de confrences sur Youtube.

Erwan Bracchi.

P. S. du 21 janvier 2017 : Parce que je viens de terminer la rdaction de cet essai et ne tiens pas en modifier la structure, et parce quil me semble important malgr tout de mentionner un fait pour le moins surprenant, je me propose de vous en faire part ici mme. Il y a deux jours, soit le 19 janvier, je mentretins de mes dcouvertes et rflexions rcentes en matire de concidence et de psychologie clinique avec une collgue arrive cette anne dans ltablissement. Cette dernire porte le mme prnom que C., raison pour laquelle, par un effet dcho dplaisant, je mtais montr quelque peu sauvage son encontre au dbut de lanne. Le temps aidant, nous avons fini par nous rapprocher et nous lier damiti. Cette personne fort sympathique, intelligente et sensible, paraissait, en mcoutant parler de C. et de D. concernant la perversion narcissique sans pour autant mentionner leurs noms, profondment trouble. Lui enjoignant de ne pas faire durer le suspense plus avant, je la pressai de mexpliquer les raisons de son tonnement. La nouvelle C. mexpliqua quelle connaissait un homme dans ce genre. A son regard, je compris quil ne sagissait pas simplement dun homme dans ce genre , mais bien de D. lui-mme. Elle confirma mon intuition. Cette comprhension de son profil psychologique lobligeait revoir son histoire personnelle, profondment lie cette pathologie (ce ntait pas son premier pervers), leur rencontre par Internet et leur brve liaison nayant, pour le coup, rien dun hasard. De mon ct, jy vis un clin dil tout la fois comique et cosmique, comme une confirmation des hypothses avances jusquici par une rvlation des plus inattendues.

Cette concidence en suivait une autre de prs, plus anecdotique cette fois, mais qui nous mnera directement aux quelques vers par lesquels jentends conclure. Le vendredi 13 janvier, dans la pnombre de la nuit mourante, clair par la pleine lune, je trouvai, sur le parking qui jouxte le lyce, un porte-monnaie dont ma compagne mavait parl la veille (elle navait pas os le prendre). Il tait tremp. A lintrieur, il ny avait quasiment pas dargent (un euro et des poussires), seulement un ticket de loterie perdant et des pomes, malheureusement non signs. Je dcidai de les conserver afin de les sauver de la pluie. Le soir, je recevais deux mails : le premier, dune amie calligraphe, me prsentait un tableau sublime de 40 cm sur 40 cm bas sur lun de mes sonnets, Limaginaire . Le deuxime me proposait une publication de ma traduction de deux pomes de Lovecraft tirs des Fungi de Yuggoth dans une monographie qui paratra aux ditions ActuSF. Voici donc, pour finir, quelques mots crits le 16 mars dernier, lorsque je formulai mes premires thories sur la synchronicit :

Prvalence du signe.

La synchronicit produit en permanence,
expression, projection de notre aspiration,
les signaux explicites de notre conscience,
elle est la perception de notre interaction

avec cet univers.

Que ces signes du monde soient rels ou non,
ou bien qu'ils soient le fruit d'intrications quantiques,
peu nous importe au fond, puisque nous leur donnons
le sens qui nous sourit, comme aux mythes antiques

posie de l'envers.

Le destin se construit par une succession
d'obliques trajectoires dont la route trace
ce dessein qu'on peut suivre, o chaque intersection
provoque par l'espoir et le doute tenace

l'mergence du signe.

Remerciements :

Je tiens ici remercier Julien Lepage, dont laide prcieuse, la relecture et les corrections, notamment dans le domaine des sciences dures, ont rendu possible cette rflexion.

Bibliographie :

BOGDANOV Igor et Grichka, Avant le Big Bang, Librairie Gnrale Franaise, 2006.
COLLECTIF, La Synchronicit, lme et la science, Paris, Albin Michel, 1995.
HAWKING Stephen, Une brve histoire du temps, Paris, Editions Jai lu, 2007.
JUNG Carl Gustav, Synchronicity, Princeton University Press, Princeton, 2010.
SCHOPENHAUER Arthur, Essai sur le libre arbitre, Paris, Editions Rivages, 1992.
SINOUE Gilbert, Le Petit livre des grandes concidences, Paris, Librairie Gnrale Franaise, 2016.

Articles, sites et vidos consults :

GAUVRIT Nicolas, Probabilits subjectives , SPS n 284, janvier 2009 (http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1117).
GUILLEMANT Philippe, confrence sur la double causalit, Getz, octobre 2013 (https://www.youtube.com/watch?v=n8KWtSsa9E4).
La page Wikipedia consacre la vie de Paul Kammerer : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Kammerer.
HARAMEIN Nassim, confrence sur lunivers connect, la masse holographique et la source de la conscience, Paris, 23 avril 2016 (https://www.youtube.com/watch?v=6k7vZ6lMgwY).

Filmographie :

KUBRICK Stanley, 2001, lOdysse de lespace, 1968.
REITMAN Ivan, S.O.S. Fantmes, 1984.


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