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HISTOIRES COCHONNES IV

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Avec ses Histoires cochonnes, l'auteur de ces lignes se propose de poster sur le prsent site un strip cochon par semaine, que vous pourrez galement retrouver sur le blog qui leur est ddi, j'ai nomm histoirescochonnes.blogspot.com. Bon strip !


Histoire cochonne 4 - 35

Hommage Philippe de Champaigne

Flche gaucheHistoire cochonne 4 - 35Flche droite

Quand on parodie une oeuvre, c'est en gnral une oeuvre qu'on apprcie. Cette vignette ne droge pas la rgle, qui reprend le tableau de Philippe de Champaigne intitul Vanitas. Ralis en 1671, ce dernier, sous-titr "Allgorie de la vie humaine", s'inscrit dans la tradition dite du Memento mori, un genre artistique dont le nom latin signifie "Rappelle-toi que tu vas mourir" et qui semble se donner pour but de faire prendre conscience aux hommes de la vanit de toute entreprise terrestre, la mort rendant futiles richesse et russite, au mme titre qu'chec et pauvret, qui perdent toute valeur au jour de notre trpas.

Dans son tableau, Philippe de Champaigne juxtapose de manire symtrique une tulipe, un crne et un sablier, faisant ainsi le portrait symbolique d'une humanit dfinie par une vie fragile (la tulipe, dont un ptale commence dj de s'incliner, manifestant ainsi le dbut du dclin) menace par le passage inexorable du temps (le sablier), qui l'oblige faire face la peur qui la fonde, celle de la mort, le regard du spectateur ne pouvant viter de s'enfoncer dans les orbites creuses du crne situ au centre de l'oeuvre (et que j'ai malicieusement remplac par un champignon). L'aspect pur de cette peinture empche toute distraction. Nous sommes donc, seul face nous-mmes (une impression de solitude infinie me prend la vue de cette tablette dpouille sur fond noir, baigne d'une lumire terne et froide), amens nous interroger sur notre propre rapport la mort et, par la mme occasion, songer qu'au fond nous n'avons pas de raison d'accorder tant d'importance ces petites choses qui rendent parfois le monde matriel si compliqu.

La prise de conscience de la mort, les angoisses nes de cette dernire et sa conceptualisation sont selon moi ce qui fonde toute civilisation, ce que toute cration humaine, d'une manire ou d'une autre, nous rappelle : nos innombrables spultures, les pyramides et le Taj Mahal sont autant d'exemples de l'importance que revt nos yeux cette transition de la matire organique qui nous constitue d'un tat un autre, dont nous ne savons pas grand-chose mais dont nous connaissons avec certitude la fatalit. Cette impossibilit de savoir, double de la contradiction qui consiste pour l'homme lutter pour survivre tout en sachant trs bien qu'il mourra, engendre en lui comme une faille, un gouffre o s'engouffre son imaginaire, qui n'a jamais eu de cesse de le combler d'images et d'ides, de concepts et de conceptions, de projets et de projections, dans le but unique de se rassurer, autrement dit de se donner l'illusion de contrle ce qui pourtant lui chappe (le cauchemar n'est-il pas, lui aussi, paradoxalement, le moyen que trouve l'enfant de combattre sa peur du noir ?). Dans 2001, L'Odysse de l'espace (1968), Stanley Kubrick matrialise cette recherche de matrise sous la forme d'un monolithe noir dont la gomtrie parfaite donne forme l'informe, et l'impalpable de devenir palpable - en apparence - par le truchement d'une stle gante.


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