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Penelope


Penelope Anne : 2006

Titre original : Penelope

Ralisateur : Mark Palansky

Il tait une fois une petite fille dont le nez avait la forme d'un groin, grotesque hritage d'une famille maudite, les trs riches Wilhern. Il tait dit que leur premire descendante se verrait affuble d'une protubrance nasale semblable celle d'une truie. Pnlope, car c'tait l son prnom, vit donc sa naissance le sort - lanc jadis par une sorcire vindicative - s'abattre sur elle, ou plutt sur la partie la plus visible de son visage. Si l'on ajoute cela deux grandes oreilles de grosse cochonne dissimules par une chevelure astucieuse, on aura compris que le porc-trait, la concernant, n'tait pas des plus flatteurs. A son mal un seul remde : pouser un homme de sa condition, dont l'aisance n'aurait d'gale que sa noblesse. Sa mre, inquite pour sa rputation, la fit passer pour morte et la squestra dans le manoir familial une grande partie de son existence, l'abri des regards indiscrets, cependant qu'elle lui cherchait un mari convenable et, si possible, pas trop regardant. Las, sa vue, tous les mles sans exception fuyaient comme des pleutres et nul ne daignait jamais lui accorder ne serait-ce que quelques minutes d'entretien. Jusqu'au jour o, par chance, un journaliste frapp de nanisme l'afft d'un scoop et d'une vengeance personnelle (la mre de Pnlope lui ayant fait perdre moiti la vue, il s'agissait avant tout pour lui de lui rendre oeil pour oeil) envoya chez elle un jeune homme charmant, mais sans le sou, qui finirait bientt par tomber lui-mme sous le charme de cette cochonne au regard d'ange, ne pour patauger dans la fange. Du coup de foudre au coup de foutre, il leur faudrait cependant franchir encore quelques preuves avant de pouvoir enfin vivre heureux et d'avoir ensemble une flope de petits cochons bien grassouillets.

On l'aura compris la lecture des lignes qui prcdent, Mark Palansky reprend les grandes lignes du conte de fes traditionnel pour le parodier, le dtourner, le contourner, dans un film somme toute plaisant regarder : les dcors (manifestement londoniens) sont superbes, l'clairage apporte toujours des cadrages judiscieusement choisis une touche de surralisme et les acteurs s'en donnent coeur joie pour merveiller un spectateur trs vite retomb dans l'enfance. En tte, un trio d'actrices dont la prsence n'est pas anodine : Catherine O'Hara (Maman j'ai rat l'avion, Beetlejuice) retrouve son rle de mre hystrique, Reese Witherspoon (Freeway) interprte l'amie de Pnlope avec ptulance et Christina Ricci (La Famille Addams, Sleepy Hollow) fait une cochonne pour le moins convaincante. La prsence de ces deux dernires n'est d'ailleurs probablement pas un hasard : le menton de Reese Witherspoon est au moins aussi clbre que celui des frres Bogdanov et le front sans frange de Christina Ricci crve l'cran. Ceci sans compter le nain, qui, pris de piti, finira par se prendre d'affection pour Pnlope. Nous allons voir, au cours des lignes qui suivent, comment le ralisateur s'y prend pour nous plonger dans sa vision personnelle du conte de fes, l'inversion des rles qui s'opre au sein de son univers et, last but not least, sous quelle forme la morale de son histoire se prsente.

Penelope offre au spectateur un univers immdiatement reconnaissable en respectant la lettre un certain nombre de codes gnriques : son hrone, une riche hritire issue de la noblesse - autrement dit une princesse en puissance - est la recherche du prince charmant dans une ville imaginaire - un non-lieu, c'est--dire une utopie au sens strict du terme - o des personnages tous plus invraisemblables les uns que les autres se ctoient. Hlas, une vilaine sorcire a jadis maudit sa famille, la condamnant souffrir pour toujours de son apparence physique, moins bien sr qu'elle n'pouse un homme de son rang - voire de son sang (bleu). Penelope est donc mise l'preuve et doit, comme nombre de princesses disneyennes, faire son entre dans le monde et prouver sa valeur en s'affranchissant de son fardeau. C'est ce que l'on pourrait appeler un rite initiatique. Comme l'accoutume, des personnages se mettront en travers de son chemin, les opposants, tandis que d'autres feront tout pour l'aider - les adjuvants - au cours d'une srie de rencontres et de pripties plus ou moins rocambolesques. En fin de conte, tout rentrera dans l'ordre (tabli), la princesse retrouvera la place qui lui est due dans le monde qui est le sien, prendra pour poux celui qui aura su voir au-del des apparences et pourra commencer enfin sa vie de femme adulte. Car tout est toujours bien qui finit bien dans le meilleur des mondes possibles. La morale est saine, la morale est sauve, la morale est sans surprise.

Sans surprise, le film ne l'est cependant pas totalement, puisque le ralisateur semble prendre un malin plaisir renverser les poncifs du genre pour les mettre sens dessus dessous dans un jeu de rfrences et de clins d'oeil des plus pertinents. En effet, ce n'est pas ici le prince, qui prend la forme d'un crapaud, mais la princesse, et la vilaine sorcire finit par changer de sexe pour devenir un magicien majordomme (une bonne phe ?) dot des meilleures intentions. De manire peut-tre plus vidente encore, Mark Palansky rinterprte La Belle et la Bte en inversant les rles : ici, la belle est la bte. Rsultat, Penelope capture et captive Max, son beau prince qui n'en est en ralit pas un, pour le tester comme un rat de laboratoire et le faire progressivement tomber sous son charme travers le miroir sans tain de sa chambre. Le bel et la bte tombent amoureux sans se voir directement, se mirent et s'admirent, jouent aux checs, se livrent corps et me l'un l'autre et se dlivrent d'un carcan social qui les aurait autrement spars : les beaux garons ne vont pas avec les laidrons et les princesses n'ont cure des roturiers. Autre renversement de taille : Penelope porte le prnom de l'pouse d'Ulysse, une femme dont la beaut n'avait d'gale que la ruse et qui repoussait en son absence les prtendants qui dsiraient prendre sa place en faisant et dfaisant en permanence une tapisserie mortuaire. Dans ce film, si Penelope repousse ses maris potentiels, c'est bien malgr elle ! En revanche, un point commun les unit : toutes deux se rservent l'heureux lu, celui-l seul qui mrite la clef de leur coeur - et de leur ceinture de chastet.

Pour en revenir cette laideur porcine qui poursuit Penelope depuis sa plus tendre enfance, elle est pour cette dernire, rappelons-le, le principal obstacle surmonter pour accder au bonheur. Or, c'est en acceptant pour de bon son groin que Penelope, aprs avoir refus de se marier un rustre de son rang, voit disparatre une fois pour toutes ce nez qui lui faisait si honte. Autrement dit, la morale de l'histoire pourrait se rsumer comme suit : peu importe le physique, du moment que l'on a confiance en soi. Et du bl. Beaucoup de bl. Film amricain oblige, il semblerait qu'une fois de plus, l'argent fasse le bonheur : laide comme une truie, la cochonne pour elle une dot consquente, l'appt du gain compensant allgrement le poids du groin. Ruin par l'alcool et le jeu, Max lui rend visite au dpart uniquement dans le but d'obtenir la somme promise par le nain journaliste en change d'une photo de Penelope. Altruiste, ce dernier finira cependant par se ranger du ct de la truie. Quant Max, il changera d'avis face la richesse intrieure de Penelope. Face sa noblesse d'me. La mise en scne laisse penser que ce volte-face est totalement dsintress. Nanmoins, on sait galement que cette rencontre n'et gure t possible sans l'offre allchante du nain. Ds lors, une nuance s'impose cette morale bien-pensante : l'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. C'est ce que l'on appelle un truisme.

Noblesse d'me, noblesse des sentiments et noblesse sociale, Mark Palansky ne nglige aucun dtail lorsqu'il s'agit d'lever ses protagonistes au sommet, d'en faire des parangons de vertu morale et de les idaliser pour le plaisir des grands et des petits dans un conte la morale plus que classique. Si nos deux tourtereaux n'ont pas lev les cochons ensemble, ils peuvent prsent le faire grce au miracle de l'amour. Du beau, du bon, du bonheur. Un peu niais, certes, mais fort bien narr, film d'une manire lgante, accompagn d'une bande originale en adquation parfaite avec l'histoire et port par des acteurs crdibles, le rcit visuel de Mark Palansky parvient nous transporter et nous emporter dans les contres lointaines d'une frie toute moderne, o les cochonnes, l'instar de Penelope, ne sont pas toutes des salopes. Pour conclure, l'auteur de ces lignes recommande cette oeuvre tous les amateurs de films cochons, de porc et de charcuterie, ainsi, bien videmment, qu' tous ceux et toutes celles d'entre vous qui lisent chaque semaine ses Histoires cochonnes sur le prsent site et le blog qui leur est ddi car, comme chacun le sait, tout est bon dans le cochon.

Note : 8/10

P.S. : il faut tout de mme avouer que Christina Ricci fait une belle, une trs belle cochonne...


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